Alors qu’Orban tente de s’imposer comme médiateur entre Kiev et Moscou, quel est l’impact du populisme hongrois sur l’OTAN ?

Dans un entretien accordé au média Euronews début novembre, Volodymyr Zelensky accusait le Premier ministre hongrois Viktor Orbán de soutenir explicitement Vladimir Poutine, après le veto hongrois à l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne. La Hongrie est vivement critiquée au sein de l’OTAN et de l’UE, tant pour sa politique intérieure qu’extérieure.

Le concept de « démocratie illibérale » défendu par Orbán est jugé contraire aux valeurs et au droit de l’UE, tandis que la proximité entre le Premier ministre hongrois et Vladimir Poutine est à l’origine de plusieurs incidents diplomatiques. Alors que l’UE et l’OTAN partagent pas moins de 22 États membres, frustrer les membres de l’UE revient, pour la Hongrie, à dégrader ses relations avec ses alliés de l’OTAN. Le populisme hongrois s’inscrit dans une idéologie illibérale : valorisation de l’ordre, politique d’immigration très stricte et conservatisme social. Ces idées, proches de celles revendiquées par la Russie, favorisent un rapprochement entre Moscou et Budapest.

Depuis l’arrivée du Fidesz, parti de Viktor Orbán, au pouvoir en 2010, la Hongrie adopte une attitude qui ne fait pas l’unanimité au sein des membres de l’OTAN. Ce parti est qualifié sans controverse par des politologues comme Gilles Ivaldi, chargé de recherche au CNRS, de populiste de droite, en raison de sa rhétorique anti-élites centrée sur la souveraineté ainsi que de sa politique migratoire. Le populisme hongrois joue un rôle ambigu au sein de l’OTAN, oscillant entre déstabilisation et renforcement de l’Alliance.

La position hongroise sur le dossier ukrainien se distingue de celle des autres États membres de l’UE ou de l’OTAN. Budapest a tenté à plusieurs reprises de s’imposer comme médiateur du conflit en proposant d’organiser sur son sol des négociations de paix entre Russes et Ukrainiens. En parallèle, Viktor Orbán refuse catégoriquement toute livraison d’armes à l’Ukraine, s’opposant là encore à la position otanienne. Quelques jours après le début de l’invasion, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, condamnait fermement l’attaque russe, assurant que l’OTAN se tenait aux côtés des Ukrainiens. Depuis, 99 % des armes livrées à Kiev proviennent d’États membres de l’OTAN.

Orbán a également usé de sa position de Premier ministre d’un État membre de l’OTAN pour entraver l’aide occidentale à l’Ukraine. À l’été 2024, Jens Stoltenberg avait proposé d’intégrer une partie des fonctions du groupe de contact pour la défense de l’Ukraine, créé en avril 2022 par Washington afin de coordonner les livraisons d’armes des pays occidentaux à Kiev, directement au sein de l’OTAN, ce qui requérait l’approbation de l’ensemble des membres de l’Alliance. La Hongrie refusa catégoriquement en raison de son opposition à toute livraison d’armes, et Stoltenberg fut contraint de négocier la levée du veto en échange d’un accord de non-participation hongroise au soutien de l’OTAN à Kiev.

Selon Maya Kandel, chargée de mission au Centre d’analyse, de prévision et de stratégie du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, l’obsession de la souveraineté et le rejet de tout ce qui échappe à leur contrôle – et donc le rejet du multilatéralisme – constituent des points communs à la politique étrangère des gouvernements populistes. Cela se manifeste dans les critiques que Viktor Orbán a ouvertement exprimées vis-à-vis de l’OTAN. Lors d’une interview publiée en février 2025 et conduite par Tucker Carlson, éditorialiste conservateur, le Premier ministre hongrois affirmait que l’Ukraine était une zone tampon entre la Russie et l’OTAN, que Moscou était en train de gagner la guerre et que la véritable cause de celle-ci était l’élargissement de l’OTAN.

Ces déclarations déstabilisent la cohésion de l’Alliance atlantique, car elles reprennent directement le narratif russe autour du conflit. Orbán ne souhaite toutefois pas quitter l’OTAN, admettant que l’appartenance à l’Alliance est vitale pour la Hongrie. Dans son discours sur l’état de la nation de 2023, Viktor Orbán assumait son refus de livrer des armes et accusait la gauche hongroise d’être « du parti de la guerre », qualifiant de fantaisiste l’idée selon laquelle la Russie menacerait la sécurité de la Hongrie ou celle de l’Europe. Cette affirmation est en contradiction directe avec la position de l’OTAN, qui considère officiellement depuis le sommet de Washington de juillet 2024 que « la Russie demeure la menace la plus importante et la plus directe pour la sécurité des Alliés ».

Sur le plan militaire, la Hongrie fait figure de bonne élève au sein de l’Alliance. Alors que l’OTAN avait fixé entre 2014 et 2025 deux objectifs pour ses membres – 2 % du PIB investis dans la défense, dont 20 % consacrés aux dépenses d’équipement – la Hongrie atteignait ces deux objectifs dès 2023 et se classait même deuxième derrière la Pologne dans la catégorie des dépenses d’équipement en 2024. La Hongrie de Viktor Orbán a également acquis de nombreux matériels militaires auprès d’autres membres de l’Alliance, notamment de l’Allemagne. En 2017, un partenariat a été noué avec l’entreprise tchèque CZ pour la production d’armes de petit calibre sur dix ans ; 36 hélicoptères ont été commandés auprès d’Airbus, ainsi que 180 missiles américains AIM-120.

Budapest a également renforcé la présence otanienne sur son sol. Depuis 2016, la Hongrie est nation hôte de l’une des six NATO Force Integration Units (NFIU), déclarée opérationnelle l’année suivante. Ces unités constituent de petits états-majors d’environ 40 personnels, chargés de faciliter tout déploiement rapide de forces de l’OTAN dans le pays hôte. À la suite du déclenchement de la guerre en Ukraine, la Hongrie accueille également le Multinational Battlegroup Hungary, fort d’environ 1 000 soldats et opérationnel depuis septembre 2022. Elle est enfin nation hôte du Headquarters Multinational Division Centre depuis février 2022, un état-major capable de commander une division multinationale otanienne.

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