Aujourd’hui, la classification des arts dénombre dix catégories différentes. La peinture, incluse dans les « arts visuels », se situe au troisième rang tandis que la littérature appartient au cinquième art. Cette classification découle de la tradition antique, fondée sur des critères d’art utile et noble. Si la peinture tient sa légitimation du poète antique Horace, qui la compare à la poésie, sa position par rapport à la littérature dans l’Antiquité reste contestée. Ce n’est qu’à la Renaissance que les doctrines antiques donnant de la légitimité à la peinture refont surface. La doctrine horatienne, Ut Pictura Poesis erit (« comme la peinture, la poésie »), se propage alors en France et tend à placer les deux pratiques artistiques sur un pied d’égalité. Le peintre doit se démarquer de l’artisan pour accéder au rang d’artiste. L’Anglais Reynolds expliquait cette préoccupation :
« Le mérite et le rang de chaque art sont proportionnels à l’effort d’esprit qu’il demande, ou au degré de plaisir qu’il procure à l’esprit. Selon qu’on observe plus ou moins ce principe, notre profession est estimée soit un art libéral, soit un métier mécanique. »
Pour échapper à l’aspect mécanique et professionnel de l’artisan, la peinture tente de se rapprocher d’autres genres. Du XVIe au XVIIe siècle, un système d’équivalence entre peinture et poésie se développe. La formule du poète grec Simonide de Céos en est caractéristique :
« La peinture est une poésie muette, la poésie une peinture parlante. »
La structure en chiasme illustre cette volonté de rapprochement des deux arts.
La catégorisation en « genres picturaux » s’inspire des genres littéraires. La hiérarchie, proposée par l’Académie royale de peinture en 1667, élève les peintures historiques (sujets religieux, mythologiques ou historiques) au rang de « Grand genre ». Les portraits, scènes de genre, paysages et natures mortes relèvent des « genres mineurs ». Le Grand genre est jugé plus complexe, car il exige une composition, c’est-à-dire une réflexion sur la spatialisation des personnages.
En 1767, Lessing, dans Laocoon, nuance les liens entre peinture et poésie présupposés par l’Ut pictura poesis erit. Il souligne une différence majeure : la temporalité. Dans un texte, il est possible de détailler l’enchaînement d’événements conduisant à une action précise ; la peinture, elle, doit se fixer sur une scène particulière, un moment clé. Bien que les deux arts partagent une source commune — la beauté — et provoquent le même effet — une représentation mentale des événements —, leurs moyens diffèrent. Leur singularité n’empêche pas une certaine complémentarité.
Diderot, pionnier de la critique d’art avec ses Salons, décrit les tableaux qu’il a découverts lors d’expositions. Il pratique l’ekphrasis : la description, dans un texte, d’une œuvre d’art réelle ou imaginaire. Plusieurs écrivains s’y essaient ensuite. Huysmans interprète ainsi les tableaux sombres de Goya et les peintures lumineuses de Turner. L’exercice reste complexe. Dans Le Roman des figures, Bernard Noël, par le personnage de Bertrand Vivin, interroge :
« La peinture, c’est difficile à montrer et comment la dire ? »
Peinture et poésie font désormais partie de « l’art » et côtoient musique et sculpture, permettant aux artistes d’explorer les liens qui les unissent.