Produit par France Télévisions, l’œuvre cinématographique bouscule nos croyances et nos idées préétablies en nous confrontant à la réalité des féminicides. Le personnage principal, Laura Stern, pharmacienne d’âge moyen, dirige l’association « Femmes Debout », qui vient en aide aux victimes de violences conjugales. Son quotidien bascule lorsqu’elle assiste, impuissante, au meurtre d’une de ses adhérentes et amies, abattue sous ses yeux par son ex-conjoint. La scène, qui ouvre le premier épisode, plonge immédiatement le spectateur dans l’univers de la série. Une entrée brutale, comme un écho à la banalisation de ces actes de violence : en France, une femme meurt en moyenne tous les trois jours sous ces coups depuis vingt ans.
Dès les premières minutes, un contraste saisissant se dessine entre la passivité des autorités de police et la combativité de Laura. Les personnages incarnant les figures du monde judiciaire illustrent souvent les maladresses et défaillances d’un système encore réticent à reconnaître ces formes de brutalité. La minimisation des faits et la prise en charge inadaptée des victimes, exposées à l’écran, rappellent la nécessité de réformer un monde où 80 % des plaintes pour viol et agressions sexuelles restent sans suite (étude de 2024 de l’Institut des politiques publiques). La fracture ne fait que se creuser au fil des épisodes. Alors que les portraits d’hommes violents se succèdent, l’héroïne refuse de se résigner à l’impunité. Révoltée par l’inaction systématique des autorités, elle se saisit elle-même du glaive de la justice. De porte-parole des victimes, elle devient bourreau.
Se pose alors la question de la légitimité du crime. Un meurtre en justifie-t-il un autre ? Un assassinat peut-il venger tant d’autres restés impunis ? Engagée et provocante, l’œuvre d’Akim Isker bouleverse jusqu’à l’extrême, allant jusqu’à remettre en cause le commandement fondamental du « Tu ne tueras point ». Dénonciatrice mais aussi réparatrice, elle redonne une place à toutes celles dont le vécu a trop longtemps été ignoré. Leur voix est portée par celles des actrices, pour beaucoup anciennes victimes de violences conjugales. Chacune, venue d’un milieu différent – de maître de conférences à aide-ménagère –, incarne la dimension universelle de cette violence, qui sévit partout. Le réalisateur a confié sa volonté, à travers ses images, d’« ouvrir le dialogue », évoquant l’urgence « de mettre les violences faites aux femmes au cœur des débats ».
Au temps du crime succède celui du procès. La justicière, rongée par le poids de la culpabilité, se retrouve à son tour derrière les barreaux après s’être rendue. Sa responsabilité apparaît comme une ironie face au sort des agresseurs, pour beaucoup resté inchangé malgré l’horreur des actes commis. La série joue sur ce renversement des valeurs. Le spectateur, déboussolé, ne parvient plus clairement à distinguer le bien du mal. De l’accusée dans le box au policier témoin n’ayant pas réagi, qui faut-il réprimer ? Le glissement s’opère d’autant plus à travers la figure de l’avocate de Laura, qui, martelant les chiffres des violences faites aux femmes, rappelle que ce procès est aussi, quelque part, celui de la justice.
Pleine de complexités et de nuances, l’œuvre d’Akim Isker interroge la responsabilité de chacun. Son audace et son hyperréalisme lui ont valu de remporter le prix de la « Meilleure série dramatique » au Festival de la fiction TV de La Rochelle 2025. La justesse du jeu de Valérie Bonneton et sa force de conviction bousculent et invitent à réfléchir. Le spectateur, tiraillé entre des forces contraires, ne peut s’empêcher de se demander : et moi, qu’aurais-je fait à la place de Laura ?