Élevé dans la foi mormone par une famille très républicaine et adepte des armes, il n’était affilié à aucun parti. Robinson aurait laissé une note à son partenaire avant la fusillade, indiquant qu’il avait l’opportunité de tuer « l’une des voix conservatrices les plus influentes du pays » et qu’il allait « la saisir ». Cette déclaration est symptomatique de la violence politique qui sévit aux États-Unis, particulièrement ces dernières années.
Si la violence politique peut être définie de différentes façons, elle implique généralement l’utilisation intentionnelle de la force ou de la menace de la force à des fins politiques. Selon Rémi Lefebvre, professeur de science politique, « la violence est considérée comme politique quand l’usage de la force physique a des effets sur l’univers politique, soit qu’elle participe à sa transformation, soit qu’elle conteste un choix idéologique, soit qu’elle influence les politiques publiques de l’État ».
Charlie Kirk était un chrétien évangélique de 31 ans, connu pour la qualité des mises en scène de ses débats sur l’avortement, le genre ou encore l’immigration. Fondateur du mouvement Turning Point USA, regroupant quelque 250 000 jeunes conservateurs, et ayant contribué à la réélection de Donald Trump en 2024, il était devenu le porte-parole de la jeunesse pro-Trump en incarnant des idées ultra-radicales. Les réactions de la société américaine sont divisées. Tandis que certains chrétiens républicains érigent Charlie Kirk en martyr, d’autres démocrates se réjouissent de sa mort.
Au sein de la classe dirigeante, si les responsables politiques ont unanimement condamné ce meurtre, tous n’emploient pas la même rhétorique. Plutôt que d’appeler à l’unité, comme l’ont fait de nombreux démocrates tels que Barack Obama ou Kamala Harris, l’administration Trump accentue la polarisation de la société américaine en tenant la « gauche radicale » pour responsable de cet assassinat.
Pourtant, le chercheur en politique américaine Alexis Pichard rappelle que « l’extrême droite a plutôt le monopole de la violence politique », en évoquant une enquête de l’Anti-Defamation League. Sur les 444 meurtres politiques recensés entre 2013 et 2022, 75 % d’entre eux sont le fait de l’extrême droite, et seuls 4 % ont été imputés à l’extrême gauche. Cette instrumentalisation du meurtre de Charlie Kirk sert l’agenda politique du président Donald Trump en alimentant sa rhétorique agressive envers les adversaires politiques, considérés comme des ennemis anti-américains.
Pour Alexis Pichard, si la violence « est dans l’ADN des États-Unis », ce meurtre s’inscrit dans un climat de recrudescence de la violence politique, particulièrement envers les personnalités politiques. Le contexte américain actuel est marqué par une polarisation toujours plus extrême de la société. Les divisions entre Américains sont de plus en plus marquées dans leurs modes de vie, leurs idées, leurs croyances et leurs opinions.
À cette dynamique s’ajoute une montée de la radicalisation politique. Dans un rapport de juillet 2025, le FBI a alerté sur la progression des groupes extrémistes intérieurs, y compris dans les milieux pro-Trump. Au cours des six derniers mois, plus de 150 incidents à caractère idéologique ou partisan ont été enregistrés. Les élus et décideurs publics démocrates sont particulièrement menacés, certains ayant même été agressés. Amy Greene, Senior Fellow à l’Institut Montaigne et spécialiste des États-Unis, partage ce constat et estime que le meurtre de Charlie Kirk représente une prolongation de la violence politique largement ancrée dans l’histoire américaine. Elle souligne toutefois que le pays a atteint un pic de violence ces dernières années, notamment depuis 2017, avec une augmentation de 1 000 % du taux de menaces envers les élus locaux à la Chambre des représentants. Le 14 juin 2025, l’élue démocrate du Minnesota Melissa Hortman et son mari ont été assassinés à leur domicile.
Cette tendance révèle l’installation d’un climat de violence politique institutionnalisé, normalisé et accepté au sein de la société. D’après un sondage réalisé par l’entreprise YouGov, 10 % des Américains considèrent que l’usage de la violence est parfois justifié et légitime pour régler les conflits politiques. La tentative d’assassinat visant Donald Trump lors d’un rassemblement en 2024 constitue un autre exemple caractéristique. Un citoyen choisit de recourir à la violence dans sa forme la plus absolue pour éliminer un représentant politique avec lequel il est en désaccord.
La banalisation de la violence politique est visible à travers l’assassinat de Charlie Kirk et les réactions qui ont suivi, mais aussi au sein de l’État fédéral et des mesures prises par l’administration. Le déploiement de troupes fédérales dans plusieurs villes démocrates, comme Washington D.C., Los Angeles et Chicago, est également symptomatique de cette recrudescence. Cole Stangler, journaliste et professeur à l’American College of the Mediterranean, dresse un constat clair : depuis janvier, Trump n’a cessé d’attaquer ses adversaires, notamment par des décrets présidentiels visant des cabinets d’avocats, des médias ou encore des universités.
En mettant en scène une rhétorique opposant le bien et le mal, l’administration désigne l’opposition comme un adversaire avec lequel le compromis est impossible. Le conseiller de Trump, Stephen Miller, a même qualifié le Parti démocrate d’organisation terroriste. L’ensemble de cette rhétorique contribue à normaliser la violence politique, qu’elle soit physique ou symbolique, et à renforcer les divisions au sein de la société américaine.