Selon Thomas Ahrenkiel, directeur des services de renseignement de la Défense danoise, des hélicoptères danois ont été pris pour cible par des radars de poursuite russes. Il estime « hautement probable » que ces navires aient brouillé les communications et provoqué d’importantes interférences GPS sur le territoire danois.
L’un de ces navires aurait mouillé plus d’une semaine dans les eaux danoises, au large des détroits, tandis que la marine danoise escortait régulièrement les navires russes transitant entre la Baltique et la mer du Nord. Ces incidents surviennent dans un contexte d’alerte élevée depuis les explosions survenues les 17 et 18 novembre 2024 sur des câbles sous-marins et gazoducs en mer Baltique.
Copenhague associe ces provocations à une « guerre hybride » menée par Moscou. La Première ministre Mette Frederiksen a dénoncé des attaques de ce type après la fermeture temporaire de six aéroports civils et militaires, survolés par des drones d’origine inconnue en 2025. Le renseignement danois évoque des tentatives russes de déstabilisation sans franchir la ligne du conflit armé. Le ministre de la Défense, Troels Lund Poulsen, a précisé qu’aucune menace militaire directe ne pesait sur le pays, tout en maintenant l’enquête ouverte.
La Russie nie toute responsabilité. Le président Vladimir Poutine a ironisé en déclarant qu’il ne ferait « plus voler de drones au-dessus du Danemark » et a qualifié d’« absurde » l’idée que Moscou puisse viser un membre de l’Otan. Ces propos contrastent avec les signaux d’alerte envoyés par l’Alliance, qui a renforcé ses opérations dans la région. Une frégate allemande de la classe Sachsen, déployée sous commandement de l’Otan, est désormais présente dans la mer Baltique.
Au nord du pays, le gouvernement a annoncé un renforcement des contrôles sur les pétroliers opérant au large de Skagen, au point de jonction entre la mer Baltique et la mer du Nord. L’objectif est de contrer la « flotte fantôme » russe, soupçonnée de transporter du pétrole pour contourner les sanctions européennes. Ces navires, souvent vétustes, changent fréquemment de pavillon et éteignent leurs transpondeurs. Selon le ministère de l’Environnement, plus de 60 000 navires transitent chaque année par Skagen, dont plusieurs dizaines suspectés d’appartenir à cette flotte clandestine. La police danoise n’exclut pas que certains drones observés fin septembre aient décollé de ces bâtiments.
Depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022, la mer Baltique est redevenue un espace de confrontation entre la Russie et l’Otan. Les tensions actuelles prolongent une dynamique installée depuis la crise ukrainienne de 2014. Selon Thibault Persegol, expert des tensions aériennes OTAN-Russie en mer Baltique, la région est devenue une « zone de confrontation militaire symbolique » où Moscou déploie sa diplomatie coercitive. L’auteur décrit une multiplication des survols russes et des interceptions par la mission de Baltic Air Policing de l’Otan, passée de 47 interceptions en 2013 à 143 en 2014.
Thibault Persegol explique que la réactivation de la présence russe dans la Baltique répond à une stratégie de pression psychologique et de test des défenses occidentales. Depuis 2007, Moscou recourt à ce que les analystes appellent la « diplomatie aérienne », une méthode de démonstration militaire visant à rappeler sa capacité d’action. Ces vols se traduisent par des raids simulés, des incursions sans transpondeur ou des brouillages électroniques. Ils visent parfois à coïncider avec des événements politiques majeurs, comme le sommet de l’Otan au Pays de Galles en 2014 ou l’activation de nouveaux centres de commandement en Europe de l’Est l’année suivante. Les experts y voient une « stratégie de nuisance » visant à tester la réactivité de l’Alliance et à saper la cohésion occidentale.
Dans ce contexte de pressions aériennes répétées et de démonstrations de force orchestrées par Moscou, Copenhague a accru son budget militaire, commandé des missiles de précision à longue portée et renforcé sa coopération avec ses alliés. Le pays héberge désormais des unités de l’Alliance et participe à la surveillance permanente de la Baltique. Le gouvernement a aussi lancé des investissements dans la cybersécurité et la lutte anti-brouillage.
Les incidents récents rappellent que les détroits danois sont un passage stratégique pour la flotte russe reliant la mer Baltique à l’Atlantique. Cette route maritime, à la fois commerciale et militaire, se trouve désormais au cœur d’une rivalité de plus en plus ouverte entre Moscou et l’Alliance atlantique. Pour les responsables danois, chaque brouillage ou incursion constitue un avertissement : la confrontation baltique s’intensifie, mais sans ligne rouge clairement tracée.