Comment l’Iran instrumentalise les migrants afghans sur son sol ?

En Iran, pays voisin de l’Afghanistan, les migrants afghans représentent 5,5 à 8,7% de la population, soit 5 à 8 millions de personnes sur une population de 92 millions. La présence massive de migrants afghans est une ressource économique et sécuritaire pour Téhéran, qui s’en sert également de boucs émissaires lors de troubles socio-économiques. En mars 2025, dans un contexte de dégradation économique, de montée de la rhétorique anti-migratoire et d’une chasse aux “collaborateurs de Tel-Aviv”, les autorités ont ordonné l’expulsion des personnes en situation irrégulière sous peine d’arrestation, soit 4 millions d’Afghans. Selon le think tank néerlandais Clingendael, le régime iranien maintient les migrants afghans dans une précarité organisée, oscillant entre exploitation pragmatique et marginalisation systématique.

L’instrumentalisation des migrants afghans par l’Iran repose d’abord sur une logique économique. Représentant une main-d’œuvre bon marché et souvent sans statut légal, donc vulnérable, les Afghans sont largement employés dans des secteurs pénibles comme le bâtiment ou l’agriculture. Le gouvernement limite fortement leur intégration en les maintenant dans un statut temporaire, restreignant les lieux de résidence, les possibilités de déplacement et l’accès aux services de base comme l’éducation ou les soins alors même que certains résident en Iran depuis trois générations.

Le gouvernement iranien relaie massivement les discours anti-migratoires, utilisant les migrants afghans pour expliquer les difficultés socio-économiques, la hausse du chômage, l’insécurité et les récents succès militaires israéliens, les accusant d’espionnage et de fabrication de drones sur son sol. Ces dernières années, les tensions et la méfiance envers les Afghans se sont accrues, notamment avec l’arrivée en Iran d’environ 450 000 réfugiés afghans supplémentaires depuis le retour des Talibans en 2021. En 2022, une campagne sur les réseaux sociaux portée par le slogan “Dismissal of Afghans: A National Demand” a accentué la pression sur le gouvernement iranien qui a réagi en durcissant sa rhétorique et politique migratoire. Jusqu’à récemment, Téhéran avait maintenu un équilibre entre l’exploitation économique des migrants afghans et les pressions internes pour leur expulsion. La décision de mars 2025 marque toutefois une inflexion brutale dans cette politique. 

Outre les enjeux internes, cette précarité organisée sert aussi les intérêts stratégiques de Téhéran dans la région. Créée en 2013 et composée de milliers de chiites afghans recrutés principalement parmi les migrants vivant en Iran, la brigade Fatemiyoun a été déployée en Syrie pour soutenir Bachar el-Assad. Les autorités iraniennes promettent en échange un permis de résidence ou une meilleure rémunération que leur emploi en Iran. Selon le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés, du 20 mars au 6 août 2025 environ 1.5 million d’Afghans ont quitté l’Iran.

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