Anciennement appelée Birmanie, le pays traverse depuis sa proclamation d’indépendance en 1948 une forte instabilité politique, marquée par une succession de régimes autoritaires et de prises de pouvoir par les armes.
Vivant principalement à l’ouest du Myanmar, au nord de l’État de Rakhine (anciennement Arakan), à la frontière avec le Bangladesh, les Rohingyas forment un groupe ethnique musulman d’environ 1,1 million de personnes. Les autorités les présentent comme des « Bengalis », des migrants illégaux venus du Bangladesh, niant leur appartenance historique à la Birmanie. Elles estiment que ces musulmans originaires de l’Arakan, région partagée entre le Myanmar et le Bangladesh lors de la décolonisation, n’ont pas leur place parmi les 135 groupes ethniques officiellement reconnus du pays. Cette non-reconnaissance s’explique notamment par l’héritage colonial et les migrations encouragées par les Britanniques, perçues comme une intrusion sur les terres arakanaises. Associés à l’ancien colonisateur, les Rohingyas ont été durablement considérés comme des « traîtres » par une partie des bouddhistes, facilitant leur exclusion par les autorités birmanes après l’indépendance.
Ce rejet s’appuie sur un nationalisme bouddhiste extrémiste, associant islam et menace pour la sécurité nationale, malgré la faible proportion de musulmans (4,7 %) dans le pays. Ce nationalisme se manifeste par la création de « zones interdites à l’islam », des villages exclusivement bouddhistes où l’accès est interdit aux musulmans.
Pour le gouvernement birman, la persécution et l’isolement des Rohingyas se justifient par la crainte d’une « menace terroriste et séparatiste ». L’émergence en 2016 de l’Armée du salut des Rohingyas de l’Arakan (ARSA), accusée d’attaques contre des postes frontières en août 2017, a servi de prétexte à l’armée pour lancer une « campagne de lutte antiterroriste ». Un rapport de Médecins Sans Frontières, publié en décembre 2017, révèle que ces opérations militaires ont contraint environ 626 000 Rohingyas à fuir et causé la mort de 11 993 personnes, dont 1 713 enfants, entre mai et octobre 2017. Ces événements ont été qualifiés de « nettoyage ethnique » par les Nations unies et plusieurs pays, dont la France.
Le gouvernement, invoquant la protection de la population, isole aussi les Rohingyas en restreignant leur liberté d’expression et en réduisant au silence les dissidents. Dans le cadre des lois antiterroristes, depuis 2021, l’armée a arrêté au moins 27 500 personnes, dont des femmes et des enfants. Plus de 1 900 décès en détention ont été signalés, avec des cas de torture et de mauvais traitements. Parmi les détenus figurent des activistes, journalistes et humanitaires, dont plus de 125 condamnés à mort.
Cette exclusion se manifeste également sur le plan légal. En 1982, une loi sur la citoyenneté prive les Rohingyas de leur nationalité, les considérant comme des migrants bengalis et les rendant apatrides. S’ensuivent des déplacements forcés, alimentés par un fort sentiment anti-musulman. Depuis, les Rohingyas subissent de sévères restrictions : interdiction de voyager, de travailler hors de leur village ou de se marier sans autorisation. Ces limitations entravent aussi leur accès aux soins et à l’éducation, aggravant leur isolement.
Au Myanmar, cette séparation est particulièrement visible : environ 131 900 Rohingyas vivent dans 24 camps de l’État de Rakhine, décrits comme des prisons à ciel ouvert. Les déplacements y sont strictement limités et les conditions de vie précaires, avec des abris dégradés. Les conditions climatiques, comme le séisme de mars 2025 (magnitude 7,7), ont causé la mort de 5 800 personnes dans ces camps.
Isolés et persécutés, les Rohingyas dépendent de l’aide humanitaire, bloquée par le gouvernement. Entre janvier et juin 2024, plusieurs ONG ont recensé 682 cas d’entrave à son acheminement. La baisse des contributions des États-Unis et d’autres pays au Programme alimentaire mondial aggrave leur situation. L’ONU estime que les rations humanitaires pourraient diminuer jusqu’à 40 % en 2025, des coupes budgétaires jugées « inacceptables » par le secrétaire général Antonio Guterres en mars 2025.
Apatrides et marginalisés, les Rohingyas n’ont d’autre choix que de fuir vers le Bangladesh. Selon Oxfam International, près d’un million ont quitté le Myanmar depuis 2017. Cet exode s’accompagne d’un manque de moyens et d’infrastructures d’accueil. En juillet 2025, le HCR (Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés) indiquait que le camp de Cox’s Bazar, au Bangladesh, abritait près d’un million de Rohingyas sur 24 kilomètres carrés, en faisant le plus grand camp de réfugiés au monde.
Le 30 septembre 2025, Annalena Baerbock, présidente de l’Assemblée générale des Nations unies, a déclaré : « Si rien n’est fait, l’exode des Rohingyas se poursuivra jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de Rohingyas au Myanmar. » Elle a appelé à la création de couloirs humanitaires transfrontaliers, à des sanctions ciblées et à des poursuites pour les atrocités commises.