Après quatorze années d’austérité budgétaire, une économie presque à l’arrêt et un Brexit au goût amer, le gouvernement travailliste, qui a promis une rupture nette avec la politique menée par ses prédécesseurs, semble désormais patiner aux yeux de ses électeurs.
Sur le plan économique, la rupture attendue peine à se concrétiser. Pieds et poings liés par un déficit public avoisinant les 6 %, Rachel Reeves, chancelière de l’Échiquier, a présenté un budget douloureux : des investissements publics ciblés accompagnés d’une rigueur budgétaire stricte, quitte à tailler sévèrement dans les dépenses publiques.
Les “securonomics” (politique de l’offre inspirée des “Bidenomics”) reprennent pourtant plusieurs engagements électoraux : hausse d’impôts de 40 milliards de livres sur les entreprises et sur les revenus du capital, projet de nationalisation du dernier fleuron de la métallurgie britannique (British Steel). Mais ces annonces ne suffisent pas à apaiser la colère populaire. La suppression de l’allocation énergie pour onze millions de retraités avant l’hiver, le maintien du plafonnement à deux enfants des allocations familiales et la suppression de 10 000 postes dans la fonction publique ont attisé la grogne sociale et brouillé la frontière entre Labour (Parti travailliste) et Tories (Parti conservateur).
Pourtant, Keir Starmer reprend la main sur de nombreux dossiers stratégiques. Première puissance militaire européenne, le Royaume-Uni a retrouvé une position centrale en Europe grâce à son soutien résolu à l’Ukraine, prélude à un rapprochement prudent avec l’UE. Sur le plan de la transition énergétique, le gouvernement a revu à la baisse son objectif de 100 % d’énergie décarbonée — jugé irréalisable — à 95 % d’ici à 2030. Il a aussi levé l’interdiction des éoliennes terrestres instaurée en 2015 et lancé Great British Energy, une banque publique destinée à soutenir l’investissement privé dans les énergies renouvelables. Sur le plan migratoire, Starmer abandonne le plan Rwanda, mais durcit l’immigration légale, suscitant des critiques.
Mais la chute du pouvoir d’achat, combinée au déclin des services publics, pousse de plus en plus d’électeurs à sortir de la logique bipartisane traditionnelle — au grand dam du Parti travailliste.