Inde : première importatrice d’armes au monde… mais bientôt autosuffisante ?

L’Inde représente 11 % des importations d’armement mondiales entre 2018 et 2022, selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, ce qui en fait le 1er acheteur d’armes au monde, devant l’Arabie saoudite. Cette dépendance s’inscrit dans une double stratégie : se moderniser rapidement, tout en posant les bases d’une industrie de défense nationale puissante et autonome. Historiquement, l’Inde s’appuyait presque exclusivement sur la Russie pour ses équipements militaires : 76 % de ses achats il y a dix ans. Aujourd’hui, ce chiffre est tombé à 36 %, preuve d’un rééquilibrage diplomatique. New Delhi se tourne désormais vers une diversité de partenaires  : France (29 %), États-Unis, Israël, Corée du Sud… Une manière pour l’Inde de ne pas dépendre d’un seul camp, dans un contexte mondial instable.

Les tensions avec la Chine et le Pakistan poussent l’Inde à renforcer sa défense. En 2025, elle a consacré 81,1 milliards de dollars à son armée, selon l’International Institute for Strategic Studies, la plaçant au 4ᵉ rang mondial des budgets militaires. Pour le chercheur en relations internationales Harsh V. Pant, l’Inde a connu un choc après l’affrontement de Galwan en 2020. Depuis, elle achète rapidement ce qu’elle ne peut pas encore produire, tout en investissant massivement dans le développement d’une industrie de défense 100 % indienne. Objectif : 100 milliards de dollars de contrats locaux dans les dix prochaines années.

Cela traduit une doctrine : le “non-alignement 2.0”. L’Inde n’exclut aucun fournisseur, préférant jouer sur tous les tableaux. Elle achète des drones MQ‑9 Reaper aux États-Unis, des Rafale et des sous-marins Scorpène à la France, des radars à Israël, tout en poursuivant des contrats russes (S‑400, T‑90, Sukhoi). Une posture qui lui permet souvent de faire des contrats un levier politique, comme pour éviter les sanctions américaines (CAATSA).

Mais l’Inde ne veut plus seulement acheter. Elle vise désormais à internaliser sa production. Dans le cadre des programmes “Make in India” et “Inde autosuffisante”, le pays fabrique déjà des hélicoptères, des drones, des fusils, des radars, et même des torpilles. D’ici 2030, l’objectif est de produire 70 % de ses équipements militaires sur son sol. Parmi les projets clés, on trouve le programme P‑75 Alpha de sous-marins nucléaires. Ces projets posent les bases d’un écosystème industriel de défense. Comme le résume le directeur de l’Institut de l’Asie du Sud au Wilson Center, M. Kugelman, « ce ne sont pas des valeurs qui guident l’Inde, mais ses intérêts » en parlant du partenariat Indo-Américain. 


L’Inde achète donc vite pour répondre aux urgences, tout en investissant dans une autonomie sur le long terme. Des défis subsistent : retards industriels, transferts technologiques partiels, recherche encore limitée. Par exemple, le contrat Rafale n’a permis qu’un transfert de technologie restreint, les 36 appareils ayant été intégralement fabriqués en France, sans réelle montée en compétences locale. Mais à chaque contrat signé, l’Inde impose de plus en plus des partenariats locaux : avec Lockheed Martin, Dassault, Safran, DRDO, etc.  Une stratégie pensée non seulement pour défendre ses frontières, mais aussi pour se positionner demain comme une véritable puissance mondiale.

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