Jusqu’où le dérèglement climatique remet-il en cause notre capacité à pratiquer et performer dans le sport ?

Le réchauffement climatique signe-t-il la fin du sport tel que nous le connaissons?

Les Français n'ont jamais été aussi nombreux à faire du sport. En 2024, 71% des plus de 15 ans pratiquaient une activité physique au moins une fois par semaine. Mais la récente vague de canicule début juillet a contraint de nombreux sportifs à mettre en pause leurs activités physiques, pause nécessaire pour limiter les risques pour la santé. Or, avec le dérèglement climatique, la fréquence des canicules devrait doubler d'ici 2050, réduisant les occasions de faire du sport. Selon WWF, les Français pourraient perdre jusqu'à deux mois d'activité physique annuelle dans un scénario où la planète se réchaufferait de 4°C, 22 jours par an dans un monde à +2°C. Les performances en sont également impactées et certains équipements sportifs endommagés.

Outre la condition physique des athlètes, les performances sportives dépendent fortement des conditions environnementales, notamment de la température de l’air et de l’humidité relative, deux facteurs directement affectés par le dérèglement climatique. Dans le cas de la course à pied, la température optimale pour maximiser les performances se situe entre 10 et 15 °C. Une étude menée par l’Université de Thessalie montre qu’au-delà de cet intervalle, chaque degré supplémentaire ralentit le temps moyen d’un marathon d’environ 0,4%, avec un impact plus marqué chez les coureurs les moins rapides. Cette baisse de performance s’observe également dans d’autres disciplines d’endurance où la thermorégulation devient plus difficile et les risques pour la santé augmentent avec la chaleur.

Au-delà de la performance, c’est la pratique même du sport qui est affectée. Certains sports deviennent impraticables : diminution du débit des rivières pour les sports d’eaux vives, manque d’enneigement pour le ski, ou doivent adapter leurs horaires. Lors de la 17ᵉ étape du Tour de France 2019, la vague de chaleur a poussé l’organisation à modifier le calcul des délais d’arrivée et autoriser le ravitaillement dès le kilomètre 0. La chaleur réduit aussi la motivation : la probabilité de participer à une activité physique progresse jusqu’à une température de 28 °C mais diminue au-delà de 36°C et chute fortement après 40°C. D’ailleurs, l’exposition des sportifs aux catastrophes naturelles et le stress psychologique qui en découle réduit leur activité physique en extérieur. 

Enfin, les lieux de pratique sont eux aussi affectés. Certains sites de pratique en littoral doivent être relocalisés en raison de la montée des eaux, des stades engazonnés deviennent de moins en moins exploitables et certains sites de sports d’hiver ferment.

Ainsi, le dérèglement climatique interroge le rapport entre sport et environnement. Si le sport contribue aux émissions de gaz à effet de serre via les déplacements générés, les équipements et infrastructures, il peut aussi faire partie des solutions en encourageant des mobilités actives, piétonnes ou cyclistes, et un mode de vie plus durable et sain. 

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