La France recule-t-elle sur ses engagements écologiques ?

Entre promesses de campagne, engagements nationaux et internationaux, la France se fixe de nombreux objectifs en matière de lutte contre le changement climatique. Néanmoins, depuis 2017, la multiplication de ces ambitions se couple de plus en plus d’entorses fréquentes aux engagements et d’un recul de la politique climatique de notre pays, symbolisé par la condamnation de l’Etat français pour inaction climatique. C’est dans ce sens qu’argumente le Haut Conseil pour le Climat, qui vient de publier son rapport annuel, appelant à “relancer l’action climatique face à l’aggravation des impacts et à l’affaiblissement du pilotage”. L’organisme indépendant appelle à un sursaut politique de la France pour respecter nombre de ses objectifs climatiques, avec en ligne de mire la neutralité carbone en 2050.

Le 16 avril 2022, en meeting, Emmanuel Macron assure : “La politique que je mènerai dans les cinq ans à venir sera écologique ou ne sera pas”. Ces grandes ambitions affichées n’ont, selon le Haut Conseil pour le Climat, pas dépassé le cadre de la campagne présidentielle. De fait, la France ne tient pas ses engagements écologiques. Entre diplomatie du climat et condamnation de l’Etat pour inaction climatique, la politique écologique des quinquennats Macron, présentée comme une “écologie à la française”, trouve ses limites.

Le Haut Conseil pour le climat (HCC) alerte sur la stagnation des efforts écologiques de la France. Après une baisse des émissions de gaz à effet de serre de 4,8% en 2023, la France a réduit ses émissions de GES de seulement 1,8% en 2024. Pour le HCC, cette dynamique est insuffisante pour atteindre les objectifs de 2030 et de 2050. Le Haut Conseil pour le climat recommande ainsi de doubler le rythme de réduction des émissions de GES, essentiellement en réduisant le recours aux énergies fossiles.

Par ailleurs, l’actuel gouvernement n’est pas déterminé à rectifier le tir : au risque de créer de nouvelles divisions entre les ministres, Bruno Retailleau a récemment plaidé pour un arrêt des subventions pour l’éolien et le photovoltaïque. Sur le plan européen, la France pousse pour affaiblir les objectifs de la Commission, notamment celui d’une baisse de 90% des émissions de gaz à effet de serre pour 2040, jugés trop contraignants pour certains secteurs.

Pour plusieurs ONG, les récentes mesures de la France en matière de climat perdent en teneur. De fait, la troisième conférence des Nations Unies sur l’océan organisée à Nice en juin a révélé selon l’association Bloom un véritable “scandale d’Etat” lorsque la France a promis de protéger 4% d’aires marines sans chalutage de fond, alors que celles-ci étaient déjà épargnées par cette pratique de pêche.

Face à de nombreux reculs écologiques, le HCC formule plusieurs recommandations. Parmi celles-ci, garantir la lisibilité des politiques climatiques, la coupler de mesures sociales, inciter les autres acteurs (entreprises, ménages, etc…) à agir contre le réchauffement ou encore relancer la diplomatie climatique de la France.

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