La motion de censure du Parlement européen liée au Pfizergate remet-elle en cause la transparence démocratique européenne ?

Le 10 juillet 2025, la Commission faisait face à une motion de censure remettant en cause le manque de transparence des négociations concernant les SMS échangés début 2021 entre Ursula von der Leyen et le PDG de Pfizer, Albert Bourla. Ces échanges avaient abouti à un accord conclu par l’UE sur les vaccins, mettant en jeu plus de 35 milliards d’euros pour près de 2 milliards de doses. La Commission avait refusé la divulgation de ces SMS en raison de « l’absence de contenu substantiel » qui justifierait leur archivage en tant que documents publics. Cette décision, qui s’inscrit dans un contexte déjà marqué par des questions sur la transparence, a nourri les critiques jusqu’à susciter le dépôt de la motion au Parlement, remettant en cause la capacité à garantir l’ouverture et la responsabilité des institutions.

La motion, initiée par l’eurodéputé roumain d’extrême droite Gheorghe Piperea, avait peu de chances d’aboutir puisque, largement réélue en 2024, Ursula von der Leyen avait obtenu le vote de 401 eurodéputés sur 720. Cette dernière répondait cependant aux accusations en pointant du doigt les extrémistes anti-vaccins et pro-Poutine, aux côtés du PPE – son parti – qui dénonçait la tentative de saper l’unité de l’UE, notamment dans le climat politique mondial actuel, où les rapports de force entre puissances sont en tension.

Même si la motion fut largement rejetée par le Parlement, elle fait écho à la décision du Tribunal de l’UE en mai 2025, affirmant que le refus de la Commission de dévoiler les SMS n’est pas recevable. Inscrite dans le Traité sur l’Union européenne et le Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne comme fondamentale, la transparence implique que le personnel est tenu d’archiver ses documents et d’en tenir un registre afin d’en garantir l’accès public le plus large possible. L’absence d’archivage équivaut donc, de facto, à un refus d’accès. Pour les experts, l’archivage et le libre accès aux documents ou données sont essentiels pour garantir la responsabilisation et le contrôle de l’action publique, tout en rétablissant la confiance des citoyens dans les institutions.

Dès lors, cet épisode récent reflète le manque de transparence dans les décisions européennes, et plus largement la faiblesse de la démocratie participative. Même si le Parlement a gagné en pouvoir depuis sa création, il reste le seul organe élu. La défiance citoyenne ne cesse d’augmenter, illustrée par la faible participation électorale (50,9 % en moyenne en Europe pour 2024) et la montée de l’euroscepticisme reprise par les partis populistes. Même les initiatives de participation (les Initiatives citoyennes européennes, comme Right2Water en 2012) ont eu peu d’impact réel et restent symboliques, contrecarrées par les lobbies industriels défendant des intérêts privés, renforçant l’impression d’une démocratie simulée.

Le Pfizergate illustre donc ce sentiment d’éloignement des citoyens et le manque de responsabilisation des institutions, qui ne cessent d’aggraver la crise de légitimité du leadership et de l’identité européenne.

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