Sous un prétexte de protection de l’enfance, le gouvernement hongrois restreint la visibilité des personnes LGBTQ+ dans l’espace public. Selon Amnesty International, cette loi, aux formulations floues, a instauré un climat de peur, entraînant la censure de livres, la modification de programmes télévisés et une autocensure dans les médias, l’édition et la publicité.
La loi adoptée en mars prolonge cette logique en interdisant les rassemblements jugés contraires à la loi de 2021. Elle prévoit des amendes pouvant aller jusqu’à 200 000 forints (500 euros) pour les participants et autorise la reconnaissance faciale, pourtant interdite par l’UE (sauf en cas de menace terroriste). Selon l’ONG Comité d’Helsinki, la loi adoptée viole plusieurs droits fondamentaux dont la non-discrimination, la liberté de réunion et la protection des données.
La Hongrie devient ainsi le seul pays de l’UE à interdire la Pride, renforçant son alignement idéologique sur la Russie qui possède d’ailleurs une loi similaire . Pour Hadja Lahbib, commissaire européenne à l’Égalité, il ne s’agit pas seulement de l’interdiction d’une manifestation mais d’une atteinte à la liberté, la dignité et aux droits de l’homme. Plusieurs eurodéputés ont annoncé qu’ils participeraient, en juin prochain, à la Pride de Budapest, en signe de solidarité. Ce bras de fer illustre la dégradation croissante des relations entre Budapest et Bruxelles, déjà marquées par des sanctions inédites. Viktor Orbán se livre, depuis son retour au pouvoir en 2010, à des réformes contraires aux valeurs de l’Union notamment sur la justice, la liberté de la presse, et l’indépendance de la Banque centrale. 19 milliards d’euros de fonds européens à destination de la Hongrie sont actuellement gelés, du fait de manquements du pays à l’État de droit. La Hongrie est visée depuis 2018 par la procédure de l’article 7 du traité sur l’Union européenne qui donne la possibilité de retirer à un État membre son droit de vote au Conseil de l’UE.
Les outils juridiques européens montrent toutefois leurs limites : les procédures d’infraction prennent des années. La loi de 2021 reste, à ce jour, toujours en cours d’examen par la Cour de justice de l’Union européenne.