La requalification de l’intervention militaire américaine au Venezuela en opération de police marque-t-elle la fin de l’immunité des chefs d’État face à l’extraterritorialité du droit américain ? 

Le 3 janvier 2026 à 01 h 01, des unités de la Delta Force et des Navy SEALs pénètrent à Caracas et capturent Nicolás Maduro ainsi que son épouse Cilia Flores. L’opération, baptisée Absolute Resolve, mobilise plus de 150 aéronefs, incluant des chasseurs furtifs F-22, des bombardiers stratégiques B-1 Lancer et des avions de guerre électronique EA-18G Growler.

La Maison-Blanche qualifie formellement cette intervention d’« opération de police internationale » et récuse l’appellation d’action militaire. L’administration américaine contourne ainsi le Congrès : en ciblant une organisation criminelle et non un État souverain, l’usage massif de la force se transforme juridiquement en simple procédure d’arrestation coercitive.

Comment justifier légalement une telle incursion ? L’exécutif américain s’appuie sur une manœuvre diplomatique. Depuis 2019, Washington ne reconnaît plus Nicolás Maduro comme le président légitime du Venezuela. En s’appuyant sur la jurisprudence de la Cour suprême, qui confie au seul président le pouvoir exclusif de reconnaître les souverains étrangers, la Maison-Blanche le prive de son statut diplomatique. L’opération ne constitue donc pas une « guerre » au sens constitutionnel, la cible n’étant plus considérée comme un chef d’État par Washington. Cette approche transforme l’immunité, règle fondamentale du droit international, en un simple privilège conditionnel révocable par le Bureau ovale.

L’acte d’accusation scellé par le tribunal du district sud de New York (SDNY) en mars 2020 sert de colonne vertébrale à l’opération. Nicolás Maduro est formellement poursuivi pour conspiration de narcoterrorisme, importation de cocaïne et usage d’armes de guerre. Les procureurs fédéraux décrivent l’appareil d’État vénézuélien et le Cartel de los Soles comme une « entreprise criminelle commune » destinée à inonder les États-Unis de stupéfiants. Cette requalification pénale efface toute dimension politique du conflit bilatéral : le dirigeant vénézuélien devient un fugitif de droit commun, dont la capture était incitée par une récompense de 15 millions de dollars offerte par le Département d’État dès 2020. Le Pentagone revendique ouvertement le précédent du général panaméen Manuel Noriega, capturé lors de l’opération Just Cause en 1989 puis jugé en Floride. La puissance militaire se fait la simple exécutante d’un mandat d’arrêt, primant sur le principe d’inviolabilité territoriale.

Derrière l’argumentaire judiciaire, les impératifs géopolitiques dominent. Le Venezuela détient les plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde, dépassant la barre des 300 milliards de barils. L’administration américaine justifie cette intervention par la sécurisation d’infrastructures énergétiques critiques pour le continent, présentées comme un impératif de sécurité nationale. La prise de contrôle des installations et le démantèlement des accords pétroliers sino-russes préparent une restructuration profonde de l’Amérique du Sud. Le droit pénal interne sert de levier pour rouvrir un théâtre d’opérations stratégique et repousser l’influence de Pékin et Moscou.

La communauté internationale souligne la portée destructrice de ce précédent. Le Secrétariat général des Nations unies dénonce une violation manifeste de l’article 2, paragraphe 4 de la Charte de San Francisco, prohibant l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale d’un État souverain. Le recours à l’arsenal militaire de la première puissance mondiale sans le moindre mandat du Conseil de sécurité inquiète de nombreuses chancelleries. La qualification d’« opération de police » est massivement rejetée par la diplomatie européenne et sud-américaine, qui y voient un artifice sémantique dissimulant une guerre conventionnelle. L’hégémonie militaire américaine se substitue à la norme internationale, imposant une réalité géopolitique où l’arsenal d’un État dicte l’application universelle de son propre droit.

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