La progression des partis d’extrême droite au sein de l’Union européenne s’explique par un terreau favorable : désenchantement démocratique, inégalités croissantes, peur du déclassement, et désormais par “l’effet Trump”.
La politique de Trump constitue une rupture idéologique assumée, en opposition frontale avec le modèle socio-démocrate européen. Le 14 février 2025 à Munich, le vice-président américain J.D. Vance dénonçait un “recul idéologique” en Europe, notamment sur la liberté d’expression, et tenait cette “menace interne” pour responsable des difficultés du continent. Par leurs positions radicales et convergences idéologiques sur l’immigration, la dérégulation ou la fiscalité, Trump et son entourage cherchent à séduire et soutenir les extrêmes droites européennes tout en contribuant à la banalisation de leurs discours. Via Elon Musk, il s’implique dans la campagne du parti d’extrême droite AfD en Allemagne, lui offrant de la visibilité sur X et multipliant les appels au vote. Il soutient également le candidat roumain Georgescu dont l’élection a été annulée par la Cour constitutionnelle, celle-ci le soupçonnant d’avoir bénéficié d’un soutien illicite russe.
Washington semble désormais délaisser les alliances diplomatiques classiques au profit de liens idéologiques, misant sur les divisions internes de l’UE pour faire avancer ses intérêts. Ce modèle inspire désormais les populistes européens. En Pologne, le nationaliste eurosceptique K. Nawrocki, élu président le 1er juin 2025, affiche le slogan : “La Pologne d’abord, les Polonais d’abord”, écho au “America First” de Trump.
En Europe, les forces radicales disposent aujourd’hui d’un poids politique réel et siègent dans les institutions européennes. Bien que limitées dans leurs actions par une majorité centriste, elles influencent le processus législatif. Cependant, comme le rappelle le politologue Emilien Houard-Vial, certains électeurs conservateurs recherchent ordre et stabilité. Selon lui, si le RN s’aligne trop ouvertement sur la stratégie de rupture américaine, il pourrait se couper d’une frange modérée de son électorat.