Les élections municipales de Paris sont-elles révélatrices des alliances politiques à venir en vue des élections présidentielles ? 

Les 15 et 22 mars 2026, les Parisiens se rendront aux urnes pour les élections municipales, après deux mandats de douze ans de la maire socialiste Anne Hidalgo. Défendant son bilan lors de ses vœux, elle met en avant la progression du logement social dans la capitale, avec une augmentation de 25 % de logements sociaux depuis sa première investiture en 2014. Son héritage divise cependant les Parisiens. Selon un sondage mené par Ipsos-BVA, 58 % des moins de 35 ans jugent son bilan excellent ou bon, tandis que 71 % des 60 ans et plus le considèrent comme « médiocre ».

À l’approche des élections présidentielles de 2027, les élections municipales parisiennes prennent une dimension nationale et pourraient offrir un premier aperçu des rapports de force politiques. Pour la première fois depuis 2001, les élections municipales précèdent l’élection présidentielle. Ce scrutin parisien, qui peut servir de test pour 2027, se déroule dans un contexte institutionnel inédit, rendant la question des alliances politiques plus complexe.

La réforme du mode de scrutin à Paris, Lyon et Marseille, adoptée à l’été 2025, a suscité une opposition au Sénat, tant à droite qu’à gauche. En séparant les niveaux d’élection, elle modifie l’équilibre du scrutin et accentue l’importance des alliances pour accéder à la mairie centrale. La sénatrice Marie-Pierre de la Gontrie (PS) a qualifié cette réforme de « tripatouillage » au service de « Rachida Dati ». Sa principale conséquence est de dissocier l’élection des maires d’arrondissement de celle des membres du Conseil de Paris, qui éliront ensuite le ou la maire de Paris. Ses opposants y voient une recentralisation du jeu politique, « déconnectant » la mairie centrale de ses « relais locaux », selon Pierre-Jean Verzelen, sénateur de l’Aisne.

Dans ce nouveau contexte, les alliances politiques pourraient devenir déterminantes pour les élections de mars, dans une capitale souvent perçue comme un laboratoire des coalitions à venir. Un sondage Cluster 17 pour Politico place Emmanuel Grégoire, candidat socialiste, en tête au premier tour avec 33 % des voix, devant la candidate républicaine Rachida Dati (26 %) et le candidat macroniste Pierre-Yves Bournazel (14 %). Rachida Dati compte sur le report des voix de la droite et de l’extrême droite pour l’emporter. Sébastien Chenu, vice-président du Rassemblement national, n’exclut pas une alliance au second tour avec les Républicains, compte tenu de la stagnation du candidat RN Thierry Mariani, qui peine à atteindre les 5 % nécessaires pour fusionner avec une autre liste. La possible qualification de l’eurodéputée Reconquête ! Sarah Knafo, créditée de 10 %, pourrait compliquer la campagne de Rachida Dati. Sarah Knafo défend un programme ultralibéral inspiré de Javier Milei, incluant une réduction de moitié du nombre de fonctionnaires administratifs sur dix ans, ce qui interroge sur le maintien des services publics municipaux. Rachida Dati, en se concentrant sur un duel avec le candidat socialiste, exclut toute alliance avec la candidate zemmouriste.

La gauche se fracture autour de deux principaux candidats : Emmanuel Grégoire, ancien premier adjoint à la maire de Paris (2018-2024), et Sophia Chikirou, candidate LFI qui oscille autour des 10 % nécessaires pour se maintenir au second tour. Cette division entre la gauche socialiste et La France insoumise n’a jamais été aussi marquée. En 2022, le refus de LFI et des écologistes de soutenir Christiane Taubira, vainqueure de la Primaire populaire, avait conduit à une défaite historique de la gauche traditionnelle, tandis que LFI obtenait 21,95 % des voix. L’élection actuelle révèle la difficulté persistante de la gauche à unifier ses candidatures et à stabiliser une stratégie commune, ce qui pèsera sur sa capacité à construire une dynamique unitaire en 2027.

Le ralliement sous l’étiquette NUPES avait semblé apaiser les tensions. Pourtant, des désaccords sur des sujets de société ont provoqué une scission du groupe parlementaire. L’affaire Quatennens, suivie de la réforme des retraites, a creusé les divisions. Ces épisodes, largement médiatisés, alimentent une défiance réciproque qui influence les configurations municipales, rendant une alliance locale moins probable qu’en 2022.

Les divisions nationales rendent l’alliance plus incertaine dans une ville où le local a aussi une portée nationale. Malgré l’union des communistes, socialistes et écologistes au premier tour, le maintien de la candidature de Sophia Chikirou entretient l’incertitude sur l’issue du scrutin. Ce premier tour opérera un tri décisif, révélant les configurations d’alliance, ou leur impossibilité, susceptibles de préfigurer celles de 2027.

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