Les jeunes Iraniens sont-ils devenus le nouveau moteur de transition vers un nouveau régime ?

Fin 2025, l’Iran a de nouveau été traversé par une vague de contestations, à la fois économiques et politiques. Les premières mobilisations sont apparues dans le bazar de Téhéran. Les protestations visaient d’abord l’inflation qui frappe la population : en un an, les prix ont augmenté de plus de 50 %.

Le dollar, qui s’échangeait autour de 900 000 rials début août, dépasse désormais 1,4 million de rials. Avec près de 90 millions d’habitants, l’Iran compte 36 % de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, soit près de 30 millions d’individus incapables de subvenir à leurs besoins.

Ces revendications se sont rapidement étendues à d’autres villes, notamment Ispahan, troisième ville du pays située au sud de Téhéran, et ont gagné les universités. Des étudiants de certains des établissements les plus prestigieux ont dénoncé non seulement la crise du pouvoir d’achat, mais aussi la légitimité de la République islamique dirigée par l’ayatollah Ali Khamenei, inquiets pour leur avenir. Les enquêtes indiquent que l’opposition au régime est aujourd’hui la plus forte chez les jeunes diplômés. À l’inverse, le soutien au système atteindrait 28 % dans les zones rurales, soit près du double de celui observé dans les grandes villes.

La jeunesse iranienne occupe une place centrale dans les mobilisations contre la République islamique. Cette génération n’a connu ni le régime monarchique ni la révolution de 1979, mais en conteste désormais les fondements.

Ce n’est pas la première fois que les jeunes jouent un rôle clé dans un tournant politique en Iran : en 1979, ils avaient été au cœur du basculement. Les étudiants avaient massivement participé aux manifestations contre le Shah Mohammad Reza Pahlavi. Le régime promettait modernisation, industrialisation et ouverture vers l’Occident, mais les inégalités persistaient. Lorsque le Shah a tenté de discréditer l’ayatollah Khomeini en janvier 1978, des milliers d’étudiants sont descendus dans la rue pour renverser la dynastie.

Près d’un demi-siècle plus tard, l’histoire semble s’inverser : la contestation vise désormais le régime né en 1979. Depuis l’arrivée des mollahs, un ordre religieux strict structure la société : port obligatoire du voile, restrictions des droits des femmes, surveillance constante. Toute remise en cause du pouvoir est réprimée par les Gardiens de la Révolution.

Pourtant, malgré la chute de la natalité après 1979, l’Iran reste un pays jeune : l’âge médian tourne autour de 35 ans. Une génération née sous la République islamique reprend le flambeau de la contestation.

Un tournant majeur survient en septembre 2022 avec la mort de Jina Mahsa Amini, une jeune femme arrêtée par les Gardiens de la révolution pour non-respect du port du voile. Son décès, à la suite de violences policières, provoque une onde de choc dans la société iranienne. Des femmes, des étudiantes descendent dans les rues à travers tout le pays. Le slogan « Femme, Vie, Liberté » devient l’emblème d’une contestation qui dépasse la question du voile pour remettre en cause le régime des mollahs lui-même.

En 2024, une jeune Iranienne se promène sur le campus de Téhéran en sous-vêtements. Largement diffusée sur les réseaux sociaux, cette scène devient un symbole de la résistance de cette jeunesse. Plus récemment, en novembre 2025, des vidéos montrant de jeunes femmes assistant à un festival de jazz à Téhéran, cheveux découverts et vêtues librement, ont suscité une vague d’espoir.

Ces actes de désobéissance civile témoignent d’un affaiblissement de l’autorité du régime auprès des jeunes générations. Selon une étude, 93,8 % des Iraniens de moins de 30 ans contournent la censure numérique grâce à l’usage de VPN, un outil qui anonymise la navigation en ligne en redirigeant la connexion vers un serveur étranger, masquant la localisation réelle de l’utilisateur. En choisissant de rester connectés au monde extérieur, les jeunes Iraniens expriment quotidiennement leur rejet du régime.

Concrètement, leurs actions ne suffisent pas à elles seules à faire tomber le régime, qui s’appuie sur le soutien de sa police des mœurs. L’impact des jeunes Iraniens est surtout indirect : par la diffusion massive d’actions militantes sur les réseaux sociaux, ils offrent une visibilité internationale à la réalité sociale en Iran.

Le mouvement « Femme, Vie, Liberté » a trouvé un écho bien au-delà des frontières iraniennes, notamment en France, où il a été repris lors de manifestations. Ces répercussions internationales alimentent les débats sur l’avenir du pays et sur la nature du soutien susceptible d’être apporté à la société civile iranienne.

En Europe, le 29 janvier 2025, les différents États se sont accordés à l’unanimité pour qualifier les Gardiens de la révolution d’organisation terroriste, une qualification s’accompagnant de nombreuses sanctions : interdiction de se rendre sur le territoire européen, gel des avoirs, etc.

Aux États-Unis, Donald Trump a multiplié les menaces contre le régime depuis le début des manifestations en décembre, menaçant d’intervenir si la répression sanglante contre les manifestants se poursuivait. Avec plus de 30 000 morts selon plusieurs ONG, cette répression serait la plus sanglante depuis 1979.

Actuellement exilé aux États-Unis, le fils du dernier Shah d’Iran, Reza Pahlavi, observe les événements à distance. À la suite des frappes conjointes menées par les États-Unis et Israël sur le territoire iranien, il a estimé que « la victoire est proche », appelant à la chute de la République islamique.

Dans les universités, certains étudiants avaient ouvertement appelé à un soutien international face au régime, voyant dans toute pression extérieure un facteur d’accélération du changement.

Malgré la répression, les arrestations et les risques encourus, une part de la jeunesse continue de descendre dans la rue, convaincue que le régime né en 1979 pourrait, à son tour, vaciller sous la pression d’une nouvelle génération.

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