Les enjeux autour de la région sont d’autant plus importants que le litige ne date pas de 1945 : c’est avec le traité de Shimoda en 1855 qu’est faite une première division entre les Kouriles du Sud, sous contrôle japonais, et les Kouriles du Centre et du Nord, désormais russes. En 1875, l’ensemble de l’archipel est donné au Japon par le traité de Saint-Pétersbourg mais, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’URSS le récupère dans son entièreté, y compris les Kouriles du Sud qui n’avaient jusqu’alors jamais été sous domination russe. Alors que Tokyo abandonne les revendications sur les îles Kouriles du Centre et du Nord en 1951, ses revendications sur la partie méridionale de l’archipel restent inchangées à ce jour.
Plusieurs facteurs expliquent la persistance de cette dispute autour des Kouriles du Sud, à commencer par ses particularités géographiques. La possession de cet archipel permet aux navires partant du port de Vladivostok, à l’extrême-orient de la Russie, d’accéder à l’océan Pacifique sans risque d’entrave. Le détroit de Némuro (entre le sud des îles Kouriles et le nord de l’île japonaise d’Hokkaïdo), par lequel doivent transiter ces navires, présente aussi l’avantage de ne pas geler en hiver, permettant un passage maritime permanent. Au-delà de ce point central, l’archipel présente un intérêt économique majeur grâce à ses réserves minières, notamment de rhénium, et ses possibles gisements de pétrole. On peut également souligner l’importance stratégique de cette région, dont témoigne sa militarisation par la Russie : des systèmes de missiles côtiers ont été installés sur les îles Kounachir et Itouroup en 2016, et la zone a été le théâtre d’exercices militaires en 2022.
Les tensions créées par ces manœuvres sont exacerbées par des incidents frontaliers récurrents, avec des altercations entre bateaux de pêche japonais et gardes-côtes russes démontrant la sensibilité de ce point névralgique. Pour couronner le tout, les visées expansionnistes du Kremlin et l’éclatement de la guerre en Ukraine en 2022 ont abouti à l’interruption des négociations, ne permettant pas d’entrevoir la possibilité d’un accord entre les deux États, le différend territorial restant ainsi figé.