À partir de la redécouverte de Pompéi et d’Herculanum au XVIIIe siècle, un engouement réel pour les ruines — symboles pittoresques d’un monde perdu — s’empare des représentations picturales. Cet enthousiasme pour l’esthétique de la ruine perdure jusqu’à nos jours, et le cinéma de science-fiction s’avère un support idéal pour l’exploration de cette esthétique et de sa portée réflexive et symbolique.
Certaines images comme celles de la Statue de la Liberté ensevelie par le sable dans La Planète des Singes (Schaffner, 1968), ou encore les vestiges de Las Vegas dans Blade Runner 2049 (Villeneuve, 2017), ont durablement marqué les esprits. Mais pourquoi les paysages dévastés et la décomposition des mondes sont-ils une véritable obsession du cinéma de SF ?
L’image de la ruine dans les œuvres post-apocalyptiques est le vecteur de nombreux symboles, et révèle les craintes et les fantasmes de notre civilisation. L’ambivalence de la ruine repose sur le fait qu’elle évoque à la fois le passage du temps et son immobilisation, et qu’elle expose l’image d’un passé fantasmé et d’un avenir en construction. Ainsi, les œuvres de SF rappellent aux spectateurs que l’humanité marche dans les décombres de ce qui a été, et qu’elle construit les ruines de ce qui sera.
Les paysages dévastés nous mettent face à notre propre peur de la fin, de la mort, et surtout, de l’oubli. La ruine pose également la question de ce que nous allons laisser derrière nous. Elle nous oblige à contempler nos monuments présents comme des futurs vestiges archéologiques, et à adopter une distance critique vis-à-vis de nos propres objets. Elle devient un espace de projection où s’entrechoquent l’angoisse du déclin et l’espoir d’un renouveau.
En jouant sur le contraste et la dualité entre passé, présent et futur, les ruines comme paysages convoquent une obsession civilisationnelle lointaine, celle de notre propre chute et de notre désir de recommencer à zéro. En écho aux artistes et écrivains romantiques, les ruines au cinéma montrent que la nature finira un jour par prendre le dessus sur nos créations monumentales.