L’opposant hongrois Peter Magyar propose-t-il une autre voie pour les relations entre la Hongrie et l’Union européenne ?

En avril 2026 se tiendront les élections législatives hongroises. Elles détermineront notamment le poste de Premier ministre, fonction clé dans un régime parlementaire monocaméral à une seule chambre législative où l’Assemblée nationale compte 199 députés (106 élus localement, 93 via des listes nationales). Cette haute fonction exécutive est occupée par Viktor Orbán depuis le 29 mai 2010 suite à un précédent mandat entre 1998 à 2002. Le scrutin, à un tour et au suffrage universel, est ouvert aux minorités ethniques, religieuses et aux Hongrois de l’étranger.

À six mois des élections en Hongrie, le duel principal oppose le parti d’opposition Tisza aussi appelé Respect et Liberté, dirigé par Peter Magyar, au parti au pouvoir Fidesz, dirigé par Viktor Orbán. Le parti Tisza, fondé par Peter Magyar en 2020 se présente comme une alternative pro-européenne et réformatrice au régime d’Orbán. Il met l’accent sur la démocratie, la transparence, la lutte contre la corruption, ainsi que sur la réforme de l’éducation, de la santé et la transition écologique.

 La volonté du parti de se rapprocher de l’Union Européenne est d’autant plus justifiée par le statut de Peter Magyar, député au Parlement Européen depuis 2024 et affilié au Parti Populaire européen, un parti europhile alors que le parti Fidesz après avoir été exclu de ce parti en 2021 a rejoint le parti eurosceptique Patriotes pour l’Europe créé le 8 juillet 2024. Viktor Orbán quant à lui adopte une posture plus réticente à une forte intégration européenne et dont les valeurs sont jugées parfois contraires à celles revendiquées et promues par l’UE en matière d’État de droit ou encore de protection des minorités. 

Depuis le retour de Viktor Orbán au gouvernement hognrois en 2011, les divergences d’opinion n’ont cessé entre l’UE et la Hongrie alors qu’à la fin des années 1990, Orbán se positionnait comme un élément moteur dans le processus d’intégration européenne selon Endre Juhász, ancien négociateur en chef de cette opération.

Au fil des ans, l’UE a multiplié les sanctions contre la Hongrie, notamment le déclenchement, le 12 septembre 2018, de la procédure de l’article 7 pour atteinte aux valeurs fondamentales de l’Union, pouvant suspendre ses droits de vote au Conseil. Cette procédure reste en suspens, car elle requiert un second vote à l’unanimité des chefs d’État au sein du Conseil européen. S’y ajoutent des sanctions financières via le mécanisme de conditionnalité de 2020 liant les fonds européens au respect des valeurs de l’Union. Déclenché le 27 avril 2022, il a gelé près de 19 milliards d’euros de fonds européens et de plan de relance destinés au pays. Ces violations concernent surtout les lois anti-LGBT+, le non-respect du droit d’asile et les atteintes à l’indépendance de la justice et de la presse. Nombre de ces infractions sont portées devant la Cour de justice de l’UE, avec des sanctions lourdes, comme l’arrêt du 13 juin 2024 condamnant la Hongrie à 200 millions d’euros d’amende pour non-respect du droit d’asile.

Ces tensions s’aggravent avec la position pro-russe de la Hongrie, comme son refus de condamner les frappes russes en Ukraine en août 2025.

Tisza incarne une rupture avec cette orientation. Lors de meetings, Péter Magyar oppose « Fidesz ou Europe », « Est ou Ouest », recevant des réponses massives en faveur de l’UE. En juin 2024, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté à Budapest pour soutenir Tisza, dénonçant la corruption et l’isolement international imposé par Orbán. Le parti promet un gouvernement fondé sur le droit, la protection des services publics et la paix, refusant l’envoi de soldats à l’étranger ou le service militaire obligatoire.

Ainsi, du côté de la population, en novembre 2020, lors d’un sondage réalisé auprès des hongrois, 85% des personnes interrogées se disaient favorables à l’UE témoignant de la forte volonté des habitants de rester aux côtés de l’organisation européenne. 

Cependant, en contraste de l’europhilie populaire, est créé, en 2020 le parti Volner, renommé “Huxit party” en 2022 issu de l’assemblage des termes Hungary et Exit axé sur une volonté de sortir de l’UE à l’image du Brexit.

Le 8 juin 2024, dans le cadre de la campagne électorale du parti Tisza aux élections européennes, des dizaines de milliers de personnes ont participé à la manifestation de clôture de campagne du parti à Budapest. Péter Magyar y a souligné que le parti voulait réaffirmer l’ancrage de la Hongrie dans l’Union européenne, en dénonçant la corruption, le clientélisme et l’isolement international imposés par le gouvernement Orbán. Il a appelé à un gouvernement juste, fondé sur le droit et les valeurs européennes, protégeant les hôpitaux, les enseignants et les jeunes, tout en promouvant la paix et la stabilité. Magyar a également insisté sur le fait que Tisza représente une voie pacifique et européenne, refusant l’envoi de soldats dans les zones de conflit et le rétablissement du service militaire obligatoire. Cette manifestation, la plus grande jamais organisée en Hongrie, illustre la volonté du parti de proposer une alternative crédible et résolument pro-européenne, rompant avec la politique isolationniste et pro-russe du Fidesz. 

À six mois des élections législatives, les sondages donnent le parti TISZA de Péter Magyar en tête, avec 53 % des électeurs décidés contre 35 % pour le Fidesz de Viktor Orbán. Cette avance, plus marquée dans les grandes villes et à Budapest, reflète la volonté des populations d’un changement politique longtemps dominé par Viktor Orbán en Hongrie. Même si l’issue du scrutin reste incertaine, ces chiffres suggèrent que TISZA pourrait jouer un rôle déterminant dans la future orientation du pays vis-à-vis de l’Union européenne.

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