Économie et écologie sont-elles antinomiques?



“Celui qui croit qu'une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste.” (Kenneth Boulding).


À l’ère des récits eschatologiques relatés par les collapsologues sur le probable effondrement de la société thermo-industrielle, l’opposition entre l’économie et l’écologie anime les passions, si bien que le débat engage la (re)pensée de notre rapport à l’extra-humain dans un ensemble fini. Pourtant, présenter le débat sous une dichotomie fait fi de deux aspects essentiels de ces notions.


D’une part, l’économie, dérivée de ‘oikos’ (maison) et de ‘nomia’ (connaissance), représente la manière dont nous pouvons administrer notre chez-soi. D’autre part, l’écologie, dérivée de ‘oikos’ et de ‘logia’ (science), désigne l’étude scientifique de ce même chez-soi, Ainsi, sémantiquement, les deux notions se transposent en tant qu’elles convergent vers le même objet, l’oikos. Le biologiste Ernst Haeckel, celui qui a introduit cette notion d’écologie, ira jusqu’à la définir comme “économie des formes vivantes” (1866).


On ne peut toutefois omettre cette distinction car il existe bien une fracture ayant séparé les deux notions. La critique écologique faite à l’égard de l’économie repose sur la dénonciation d’un arbitraire porté absolument vers l’avant, le progrès et la croissance au péril du vivant. René Dubos, dans Les dieux de l’écologie, disait que “des rapports avec la Terre basés [...] en vue de la croissance économique ne peuvent que mener à la dégradation”. En ce sens, nous voyons que la fracture entre économie et écologie s’est faite dès lors que la première s’est mue dans un élan d’agrégat capitalistique où la recherche de profit est une fin qui justifie la surprédation de nos rapports aux autres vivants. De la sorte, économie et écologie semblent avoir divergées d’un même point de départ.


Joan R.

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