A Lesbos, quand le poids des migrants perdure, "la patience" atteint ses limites


Sur l'île grecque de Lesbos, l'ancien tentaculaire camp de migrants de Moria doit renaître de ses cendres dans des oliveraies isolées, loin des yeux d'une population dont "la patience" a atteint ses limites. A quelques encâblures des côtes turques, l'île égéenne abrite encore plus de 8.000 demandeurs d'asile, dont 6.000 rescapés de l'incendie de Moria vivent depuis sept mois dans un campement d'urgence érigé sur un ancien champ de tir militaire à Mavrovouni. Ce camp est "temporaire", a promis le ministre grec des Migrations Notis Mitarachi, dont le pays va recevoir 155 millions d'euros de fonds européens pour financer les nouveaux camps de Lesbos et Chios. Mais "la patience a ses limites" et les habitants de Lesbos sont "proches d'avoir atteint leur limite, c'est pourquoi il est urgent" d'agir, a admis la commissaire européenne Ylva Johansson, dont la visite lundi sur l'île grecque a été perturbée par une manifestation contre le nouveau camp. Aux premières loges de la crise migratoire de 2015, Lesbos a vu déferler des centaines de milliers de migrants, entassés dans le plus grand camp d'Europe, Moria. De ce campement insalubre, il ne reste désormais plus que des cendres, des bouteilles de plastique brûlées, des arbres calcinés, des squelettes de conteneurs, des débris de vie abandonnés dans la course folle de ses habitants, dans la nuit du 8 septembre 2020. Perdu au milieu des collines de calcaire et les champs d'oliviers, le terrain gouvernemental qui doit accueillir l'hiver prochain le futur centre de réception des demandeurs d'asile se trouve à plus d'une demi-heure de route du chef-lieu de l'île, Mytilène. Loin de la mer aussi, où les migrants aiment se baigner, loin de toute habitation et des yeux de la population locale.


Reuters/AFP