“Affaire Pegasus” : quelles conséquences pour l’amitié franco-marocaine ?


L’utilisation d’outils de cybersurveillance tels que Pegasus, proposé par la société israélienne NSO, par le Maroc - qui se prévaut d’investir massivement dans la lutte contre le djihadisme - « serait tout à fait crédible » selon Pierre Vermeren, chercheur au CNRS et spécialiste des mondes arabo-berbères. Pourtant, le Royaume dément tout lien commercial avec NSO et cherche à s’affranchir des accusations d’espionnage faites à son encontre, notamment celles portant sur le Président français. Selon le chercheur, les deux pays « ont beaucoup d’intérêts mutuels et de coopérations à différents niveaux » que le Maroc a tout intérêt à protéger. Tout d’abord, la France est un partenaire de premier rang pour le Royaume. Avec plus de 10 milliards d’euros d’investissements en 2019, elle est notamment le premier investisseur étranger au Maroc et soutient spécifiquement son secteur des services (banque, assurance, immobilier). L’amitié franco-marocaine est également liée à leur histoire commune, ainsi qu’à leur coopération sur des sujets brûlants tels que le contrôle des réseaux terroristes et les questions du Sahara. Paris et Rabat entretiennent donc une relation privilégiée que les deux protagonistes sont soucieux d’entretenir. Afin de prouver son innocence, le Maroc a notamment décidé d’attaquer Amnesty International et Forbidden Stories pour diffamation. Pierre Vermeren considère que des « réactions symboliques » sont à prévoir en réponse au présupposé espionnage marocain, mais sans grand impact sur l’amitié franco-marocaine. A l’heure où les cyberattaques font grand bruit, l’affaire Pegasus a inévitablement trouvé une caisse de résonance importante dans la sphère médiatique. Cependant, des « preuves matérielles et tangibles » de ces accusations sont toujours attendues, notamment par le chef de la diplomatie marocaine Nasser Bourita.