Afghanistan : entre combats et corruption, la laiterie Milko creuse son sillon


Les pots à lait en métal ficelés aux motos luisent au soleil couchant d'Arghandab, district rural du sud de l'Afghanistan, et tintent sous les secousses. Des fermiers viennent approvisionner la laiterie Milko, qui continue à se développer malgré la violence et la corruption environnantes. Ils déposent à ce point de collecte le lait nécessaire à la fabrication du beurre, des glaces, des puddings, des laits parfumés qui ont fait la réputation de cette petite entreprise, dont les emballages aux coloris vifs essaiment dans toute la région.


Depuis sa création en 2011, Milko est passée de 12 vaches à 250 possédées en propre, et de quatre produits vendus à une trentaine, créant au passage des centaines d'emplois dans la province de Kandahar. Elle achète du lait à près de 600 fermiers, dont elle a changé la vie. Pour faire survivre Milko, son propriétaire Ghami Mia a cependant dû braver bien des dangers et composer avec tous les acteurs d'un conflit qui dure depuis 2001.


La laiterie ravitaille des villes parmi les plus dangereuses du Sud afghan, comme Zabol, Ghazni et Lashkar Gah, enserrées dans des territoires talibans. Khan, 21 ans, chauffeur depuis six ans pour Milko, sait tout des dangers qui l'attendent sur ces routes. Mais plus que les combats, c'est la police locale qu'il redoute. Comme lui, 81% des Afghans voient dans la corruption un "problème majeur", selon une enquête de l'Asia Foundation datée de 2019.


M. Mia doit aussi s'accommoder du manque d'électricité et de main-d'oeuvre qualifiée, ou encore des régulations de la filière laitière imposées par le gouvernement. Même s'il dit ne pas faire de bénéfice, il continue à agrandir son entreprise. Mais la sécurité fait constamment planer une ombre sur l'avenir de Milko. "Si la situation persiste, nous serons forcés de mettre la clef sous la porte", se désespère M. Mia. Avant de refuser de céder au fatalisme. "Mais nous ne pouvons pas laisser tomber nos fermiers, fermer l'entreprise, et avoir fait tous ces efforts pour rien."


Reuters/AFP

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