Afghanistan: propagande hyperactive des talibans à l'heure des pourparlers de paix


Jalaluddin Haqqani, "grand réformateur et conquérant" d'Afghanistan. Le documentaire élégiaque dédié au fondateur du réseau éponyme, accusé des pires atrocités, souligne combien la propagande des talibans a progressé et évolué : ils se dépeignent désormais comme des administrateurs compétents au moment où ils négocient l'avenir du pays à Doha.


Images d'archives couvrant plusieurs décennies, effets spéciaux, mise en scène... le film d'1h10 paru en septembre à l'occasion du deuxième anniversaire de la mort du "pionnier du saint jihad", peut paraître bien laudatif pour séduire une audience occidentale. Mais il souligne combien les talibans ont "étendu leurs compétences" audiovisuelles, observe Andrew Watkins, un analyste de l'International Crisis Group. Chassés du pouvoir par une coalition internationale menée par les Etats-Unis en 2001, avant que les smartphones ne deviennent la norme, les insurgés ont d'abord utilisé les mosquées pour prêcher leur cause. La poésie pachtoune, une ethnie dont nombre d'entre eux sont originaires, a également été mise à contribution.


Très rapidement, les talibans ont toutefois employé l'arme visuelle pour galvaniser leurs troupes : vidéos de futurs kamikazes souriant juste avant de se faire sauter, véhicules ennemis explosant sur des mines, combats... Le documentaire sur Jalaluddin Haqqani, lui, est sorti au moment où les talibans démarraient en septembre au Qatar d'hypothétiques négociations de paix avec les autorités afghanes. Une "coïncidence", selon Zabihullah Mudjahid, un porte-parole des rebelles, le film ayant selon lui nécessité "quatre mois" d'édition. Mais surtout, le documentaire le présente comme un bon administrateur de son fief de Khost (Est), où il aurait ouvert "des dizaines de madrasas" et se serait "concentré sur les oeuvres de bienfaisance", luttant pour les services publics et contre la corruption.


Un message étonnant, quand le réseau Haqqani, qu'il a créé, est tenu responsable des attaques les plus sanglantes des deux dernières décennies, notamment un attentat au camion piégé à Kaboul en mai 2017 qui avait fait plus de 150 morts.


Reuters/AFP