Analysons : Courage et calcul sont-ils compatibles ?


De prime abord, le « vrai » courage consiste en une force morale face aux épreuves, permettant d’atteindre une chose considérée comme bonne moralement. La personne courageuse fait preuve d'infaillibilité morale, de spontanéité et l'on aimerait qu'elle agisse ainsi sans chercher une reconnaissance quelconque et sans même avoir calculé ses chances de réussite. Rosa Parks refusant de laisser sa place dans un bus pendant la période de ségrégation aux EUA semblait n’avoir aucune chance, dans un contexte de racisme institutionnalisé, et c’est ce qui nous laisse supposer la valeur de son courage. Penser que l'intention de l'action courageuse n'est pas désintéressée mais plutôt animée par un calcul entre en contradiction avec cette idée.


Pourtant, Aristote, dans Ethique à Nicomaque, définit le courage comme une vertu majeure, le juste milieu entre la lâcheté (manque de courage) et la témérité (excès). Dès lors le courage suppose de faire face au danger, sans pour autant foncer tête baissée. Ainsi, il existe aussi dans le courage une part irrémédiable de calcul qui n’entache pas pour autant la noblesse de l’action.


Dans ses Histoires de courage, l’écrivain JF Deniau prend l’exemple de l’évasion d’un officier, P. Mairesse-Lebrun, en 1941. Traversant un espace entre deux murs d’enceinte, il compte les coups de fusil tirés par la sentinelle, courant en zigzag pour les éviter. Mais pas trop vite ! Car le moment où il sera le plus vulnérable, c’est lorsqu’il escaladera le mur. Or il sait aussi que le fusil du garde n’a que six coups. C’est après le sixième coup, au moment où la sentinelle recharge son arme, qu’il grimpe et s’enfuit.


Courage et calcul sont alors étroitement liés : connaissance de l’adversaire, exercice de la raison et attente du bon moment sont inhérents au courage. Mais au risque peut-être de ne jamais agir, dans l’attente du meilleur moment ?


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