Analysons : Faut-il toujours obéir aux règles ?


Si, selon Kant, la véritable liberté consiste à obéir à sa propre loi, qu’en est-il lorsque celle-ci émane d’une autorité extérieure et qu’on la considère a fortiori comme profondément injuste ? L’autonomie des règles morales est différente de la sphère juridique dont les normes ont un caractère contraignant. Dans La désobéissance civile en 1849, Thoreau décrit à travers ce concept un outil parfois nécessaire à la manifestation d’une objection de conscience vis-à-vis d’une règle. Emprisonné pour son refus de payer une taxe finançant la guerre entre les Etats-Unis et le Mexique, Thoreau vivifie la conscience individuelle et collective en prônant la désobéissance civile contre l’injustice exercée par l’Etat, constitutive d’un devoir de contestation pacifiste. L’infraction à la loi permet ainsi de la dénoncer au nom d’un principe moral supérieur. La désobéissance ne manque pas d’illustrations historiques. Lorsque Ghandi contribua à l’indépendance de l’Inde et aux droits civiques, que Martin Luther King s’engagea contre la ségrégation américaine ou lorsque les Justes sauvèrent des Juifs pendant l’occupation nazie, tous décident de désobéir à une loi profondément injuste et de faire face aux conséquences qu’implique la désobéissance. Au cours du XXe siècle, notamment avec Rawls, la désobéissance civile se teinte d’une coloration collective, consistant en un acte politique relevant du sens de la justice du peuple avec pour finalité l'amélioration de l'État de droit en place. La désobéissance civile n’est pas un acte motivé par un intérêt personnel, mais elle repose toujours sur un respect des droits fondamentaux, à l’image de l’article 2 de la Déclaration de 1789 consacrant le droit de résistance à l’oppression. Dès lors, « le respect de la loi vient après celui du droit » (Thoreau) et la désobéissance se transforme en devoir lorsque la justice le commande.


Auteur: Lou-Anne C. Rédacteur en chef: Alexis S.


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