Analysons: l’Animal raisonnable


Quand Aristote déclare “L’Homme est le seul à posséder le logos” dans La politique, il présente la spécificité de l’Homme par rapport à l’animal. Cette notion englobe la parole, le discours écrit, et par extension, la raison. Mais si l’animal est incapable de réfléchir, le philosophe lui accorde néanmoins une autre forme d’intelligence pratique : l’instinct. En effet, l’animal ne pense pas, il agit. Mais si l’animal est supposé sans raison, que serait alors un animal raisonnable ? L’animal naturel est effectivement dénué de raison. Il n’a pas les capacités de réflexion de l’Homme et tout ce qu’elles impliquent comme des débats, des choix réfléchis… Tout est déjà inscrit en lui. Il semble alors qu’il n’ait pas besoin d’être raisonné étant donné qu’il dispose déjà de cet instinct qui lui donne la possibilité de faire sans réfléchir. Ainsi, d’après la vision de Rousseau, l’animal serait parfait et achevé là où l’Homme resterait perfectible.


Mais cette raison qui fait de l'homme un être logique fait aussi de lui un être imparfait puisque constamment douteux. L’Homme se remet sans cesse en question. Mais qu’en est-il de l’animal en lui dans ce cas ? Cette animalité dont il peut faire preuve dans les moments rudes est-elle aussi raisonnable ? Il semblerait que ce soit le propre de cette notion, source brute d’énergie qui pousse par exemple le sportif au bout de l’effort, que d’être irraisonnée. L’animalité de l'Homme devrait alors elle aussi rester irraisonnée pour garder tout son sens, son utilité.


Mais que serait-il alors préférable ? Une vie dotée du logos, avec les inconvénients que cela implique, ou dépourvu de ce dernier donc de philosophie ? L’Homme, qui semble parfois irrationnel par ses conflits, reste pourtant le seul “animal raisonnable” (Aristote), là où l’animal est guidé par des instincts, qui paraissent paradoxalement bien plus aboutis…


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