Analysons : L’habitude nous tue-t-elle ?



Croyez-vous avoir « [pris] l’habitude de vivre avant d’acquérir celle de penser », à l’instar d’Albert Camus ? L’habitude, mémoire pratique qui permet au « corps [de garder] cette avance irréparable […] dans cette course […] vers la mort », naît possession pour se muer en définition de l’individu. Dès lors, ces tensions entre liberté, effort et volonté sont activées, et l’inhérente complexité de la relation que l’homme entretient avec son environnement est mise en exergue.

En explorant le « concept uniformisant d’habitude », le philosophe Claude Romano a distingué trois phénomènes qui permettent de dénouer ces paradoxes : accoutumance, routine et aptitude. Le premier d’entre eux – niché au creux de nos imaginaires – indiquerait une attitude passive. A contrario, la routine correspondrait à l’adoption consciente de pratiques épanouissantes et régulières dont la stabilité permettrait de faire émerger de nouvelles aptitudes.


Si nous nous penchons sur l’apport de la sociologie bourdieusienne, l’habitus revêt cette même notion d’équilibre puisqu’il serait composé d’une « structure structurée » héritée de l’éducation de l’individu et d’une « structure structurante » en tant qu’il impulserait des changements sociaux. L’image d’une monotonie aveugle s’estompe peu à peu au profit du façonnage d’un outil nécessaire à une vie sociale capable de s’auto-régénérer.


Afin de (re)donner du sens à l’existence de l’habitude, il semble donc nécessaire de la percevoir comme un ensemble de phénomènes contingents, mais surtout consciemment maniables, car ce sont des myriades de combinaisons qui la forgent. C’est sans doute en renversant la dichotomie entre « bonnes » et « mauvaises » habitudes, mais également en articulant ses mémoires que l’individu pourra construire un quotidien équilibré et délibéré. Alors l’habitude, tue-t-elle, ou tutelle ?


Auteur : Jade A.G @queijade

Rédacteur en chef : Alexis S


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