Analysons : La libération sexuelle, un progrès pour les femmes ? La réponse de Nancy Huston.


« De nos jours, la ‘liberté’ d’un pays se mesure au droit qu’ont les hommes d’exhiber publiquement la chair nue des femmes de ce pays » (N. Huston, Reflets dans un œil d’homme, 2012). Si la libération sexuelle a permis à certaines femmes de disposer plus librement de leur corps, pour Huston, elle a aussi engendré l’idée que les femmes devaient être toujours plus disponibles sexuellement sans tabou. Plus encore, elle n’a pas empêché une exhibition et une objectivation sans précédent du corps des femmes, en particulier dans la publicité pour cosmétiques et la pornographie, développées à une échelle industrielle. Dans les représentations véhiculées par ces industries, le corps féminin est à la fois hypersexualisé et infantilisé : il est lisse, sans poils, le plus souvent dénué des caractéristiques de l’expérience de la maternité.


Huston relève un paradoxe entre ces représentations et le ressenti d’hommes et de femmes dont elle cite les témoignages : les consommateurs réguliers de pornographie ne supporteraient pas de voir leur mère, leur sœur, leur fille comme actrice ; d’autres affirmant que la prostitution est un mal nécessaire ne voudraient pas que des femmes de leur famille pratiquent ce métier. Les femmes restent soumises à un dédoublement de personnalité, en tant qu’individu pensant, et en tant que corps soumis à des injonctions contradictoires : il leur faut à la fois plaire, et se cacher. Car si l’exposition de leur corps est un marqueur de leur liberté, il subsiste une “culture” qui les rend responsables du désir qu’elles suscitent malgré elles, au fondement d’un système de justification des agressions sexistes allant jusqu’au féminicide.

L’une des pistes que Huston propose pour répondre à ce paradoxe est de revenir aux déterminismes liés à la différence sexuée dans la reproduction, qu’il faudrait réaffirmer et non nier.

Rédacteur : M. Jourdan.


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