Analysons: La pandémie : nouvel état de guerre ?


Face à l’avènement du coronavirus, nombreux sont les chefs d’État qui ont déclaré “[être] en guerre” contre la pandémie, pour ne reprendre que les termes d’Emmanuel Macron. En parallèle, se succèdent sur les chaînes d’actualité - sans transition - conflits civils et taux de contamination, ce qui pousse à une redéfinition imaginaire, mais également morale du concept de guerre. La pandémie est-elle réellement un nouvel état de guerre ?

En termes analytiques, la situation actuelle présente des similitudes avec une guerre interétatique. L’ennemi à abattre est la Covid-19 ; la coalition mondiale vacille à l’heure de répartir les doses d’un vaccin convoité ; des mesures légales exceptionnelles parmi lesquelles couvre-feux, confinements et limitations du trafic sont prises. Même l’hégélienne “santé morale des peuples” est renforcée, depuis que l’État joue un rôle crucial dans la réorganisation de nos quotidiens.


Cependant, en termes constitutionnels, l’état de guerre n’est effectif qu’après une déclaration officielle du Président de la République en qualité de chef des armées. Il semble donc que l'“être” en guerre vise davantage à stimuler l’imaginaire des peuples qu’à synthétiser l’essence d’une réalité conflictuelle. À ce titre, l’historien Stéphane Audoin-Rouzeau affirme que l’enjeu serait de “[détruire] le temps présent”, exalter l’héroïsme et laisser espérer une fin qui “n’arrivera jamais”.


Selon lui, “il n’y a pas de guerre, mais un temps de guerre”. Le directeur général du CI de la Croix-Rouge, Robert Mardini, nous invite à questionner l’usage de ce terme qui invisibilise les pays “en guerre”. Si l’incertitude bouleverse nos perspectives, ne serait-il pas temps d'éveiller une conscience mondiale qui forcerait la réaction de la communauté internationale face aux catastrophes humanitaires qui ravageaient des populations bien avant la pandémie ?


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