Analysons : Le genre, une simple représentation culturelle ?


Dans son ouvrage Trouble dans le genre (1990), Judith Butler remet en question les théories féministes depuis S. Beauvoir et devient l’une des figures les plus importantes des théories philosophiques féministes aujourd’hui. Est notamment rediscutée la dichotomie entre le sexe et le genre qui illustre l'opposition classique de la philosophie occidentale entre nature et culture. Pour Butler, le genre n’est pas seulement un aspect culturel de la nature sexe : le genre est ce qui nomme le sexe, ce qui le définit.


Butler développe notamment une analogie avec la conception juridique : une loi est construite selon un fait prédiscursif et elle ne peut naître que suite à des évènements qui mettent en avant le besoin de la créer. S’il n’y a pas de crime, donc, il n’y a pas de loi ; mais s’il n’y a pas de loi, il n’y a pas de crime non plus. Le genre intervient alors dans ce sens, en se portant lui aussi comme garant d’un domaine prédiscursif. Car le genre en tant qu’il se veut représentation culturelle de cette nature qu’est le sexe, stipule en même temps que celle-ci le précède et qu’elle existe bel et bien avant sa conception, le légitimant alors dans son existence.


Le genre se produit donc par nécessité d’offrir un discours sur un fait déjà existant. Non seulement il exprime et symbolise le sexe, mais il le construit, et il se produit lui-même comme sa limite discursive. Le genre permet donc au sexe d’être un produit social en l’administrant et en lui faisant prendre forme comme finalité. Dans la culture alors, c’est le genre qui précède le sexe et non l’inverse, car il forme son langage. Or, L. Wittgenstein dit dans son Tractatus Logico-philosophicus : « Les frontières de mon langage sont les frontières de mon monde » ; avec de telles considérations, devient-il alors envisageable de considérer, qu’au même titre que le crime est créé par sa loi, le sexe est créé par son genre ?



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