Analysons: Le panoptique de nos jours ?


La structure carcérale du panoptique a été imaginée par J. Bentham et son frère S. Bentham afin que les prisonniers, logés dans leurs cellules, puissent être observés par leur geôlier sans que ce dernier puisse être vu. L’objectif est de mettre en place un dispositif de surveillance totale et unilatérale. Le contrôle exercé sur les prisonniers est alors exempt d’autorité identifiable et permet l’émergence d’une forme de pouvoir automatique, qui contraint les individus à adopter un comportement discipliné. Il n’est ainsi pas nécessaire d’exercer le pouvoir de manière évidente pour que celui-ci soit efficace.


Foucault s’intéresse de près, dans Surveiller et Punir, à ce type de dispositif et à son action de contrôle de masse. Les individus placés sous surveillance sont incités à se conformer à une certaine norme comportementale. On assiste donc à un phénomène performatif. J. Butler indique, faisant suite aux travaux de Foucault, que certains mécanismes invisibles, que nous internalisons, façonnent notre personnalité et plus largement les catégories sociales.


Ces dispositifs, de nos jours, sont omniprésents : le Bigdata, les mécanismes de mise sur écoute, de traçabilité, etc. sont autant de moyens susceptibles d'instaurer une surveillance de masse. Les conséquences de ces pratiques et leur portée nous échappent pourtant. Les fins prédictives de ces dispositifs tendent à façonner, à notre insu, les comportements de l’ensemble d’un groupe à partir des données individuelles récoltées.


Le panoptique, tel qu’il a été conçu, rendait cependant possible la venue de visiteurs qui pouvaient aussi bien observer les prisonniers que constater les traitements qu’ils recevaient. Il appartenait aux visiteurs de reconnaître la légitimité de l’autorité à l’œuvre comme de la remettre en question. Avons-nous encore les moyens de critiquer ou d’agir sur les dispositifs de contrôle?


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