Analysons : Peut-on oublier volontairement ?


« Tout acte exige l'oubli » affirme Nietzsche dans Considérations inactuelles. L’oubli permettrait de rationaliser notre relation au passé et de se détacher de ce qui peut troubler notre bien-être. Il serait synonyme de libération et de bonheur. Dès lors, peut-on choisir d’oublier volontairement afin de trouver cette paix intérieure ?


Ce qui rend l’oubli si énigmatique, c’est qu’il est nécessaire d’en avoir un souvenir, le souvenir de l'oubli. Faute de quoi, on ne saurait qu’on a oublié. En d’autres termes, en se disant que l’on oublie, on se rappelle et en exprimant notre volonté d’oublier, on se remémore. Finalement, n’adhère-t-on pas davantage à son passé en voulant s’en détacher ? L’Homme serait-il condamné au malheur, faute de ne pas pouvoir oublier volontairement ?


Il est précisé dans le Littré de 1863 que l’oubli serait « la perte du souvenir ». L’oubli ne s’opère donc pas sur des objets ou des événements du monde mais sur les effets qu’ils ont produits et que nous avons intégrés en notre mémoire. En un sens, vouloir oublier reviendrait alors à vouloir se détacher de ce qui nous compose et à perdre conscience puisque toute conscience est d’abord mémoire. Finalement, est-ce raisonnable de vouloir se détacher de ce qui constitue notre identité la plus profonde ?


En réponse, Saint-Augustin livre dans ses Confessions : « Parfois je me souviens avec joie de ma tristesse ancienne et avec tristesse de ma joie ». Ainsi, la mémoire serait le temple d’émotions qu’il faudrait garder en état d’inertie : émotions présentes pour nous rappeler les leçons de la vie mais sans saveurs pour ne pas en altérer le nouveau goût. Et c’est en ces mots que réside la sagesse : il ne s’agit en aucun cas d’oublier pour être heureux mais de ne jamais oublier d’être heureux.

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