Analysons : peut-on parler pour ne rien dire ?


“Le langage est […] le bien le plus précieux […] qui ait été donné à l’homme”. Par ces mots, le poète allemand Friedrich Hölderlin conçoit le langage comme un outil primordial de communication dont la pratique engage le discernement. Or, l’emploi usuel de l’expression “parler pour ne rien dire” fait obstruction à cette idée d’exigence langagière. Il s’agirait de ne pas dilapider la puissance de cette élocution pour ne pas se confondre dans un bavardage futile, opposé au sérieux de la parole.


En effet, le bavardage sert à combler un silence déroutant au moyen d’une logorrhée frivole. À juste titre, un proverbe tibétain souligne la superficialité du verbiage en le qualifiant “d’écume sur l’eau”. Pour autant, ces paroles accessoires ne sont pas insensées. De fait, toute parole prononcée communique une bribe d’informations. Cela révèle l’illusion d’une parole neutre et impose une distinction entre la possibilité de ne rien vouloir dire et l’impossibilité de ne rien dire du tout.


Face à ce distinguo, nous apercevons la prévalue des signes inconscients sur l‘intention de ne rien dire. A ce titre, le linguiste Ferdinand de Saussure définit “le langage [comme] un système de signes qui sert à communiquer”. Ainsi, nous sommes entourés de millions de micro-signes qui nous caractérisent et trahissent nos pensées. C’est pourquoi même nos silences sont parlants, ainsi que notre langage corporel.


Manifestement, il semblerait que nous ayons imposé des degrés de pertinence dans le langage. Cette catégorisation nous amène à distinguer, juger des formes que prend la parole alors même qu’elle remplit sa fonction première : la communication sociale. Dès lors, il s’agirait de déconstruire cette dualité entre futilité et sérieux afin d’entrer en résonance avec l’autre, puisque parler c’est assurer une compréhension, une écoute aisée via cette construction commune qu’est le langage.


Auteur: Ambre Bruneteau @ambre.bruneteau

Rédacteur en chef: Emilie Pasquier


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