Analysons : Qu’est-ce que le jeu ?


A la manière de Ménon qui énumère à Socrate toutes les vertus sans parvenir à dire ce qu’est la vertu, on pourrait classer tous les types de jeux, sans réussir cependant à dire ce qu’est le jeu. Pour le définir, il serait préférable au contraire de chercher ce qui est commun à tous les jeux plutôt que de rechercher ce qui les distingue. Qu’ont donc en commun les jeux comme les jeux de rôle, les échecs ou encore les jeux vidéo ?


Pour Aristote, dans Ethique à Nicomaque, le jeu est l’activité qui délaisse l’homme du travail et le rendra à même de reprendre ses activités sérieuses. Il lui procure un plaisir valant comme une fin en soi. Tout jeu est donc une activité, non imposée, ne visant aucune fin utilitaire, et à laquelle on s’adonne pour se divertir et en tirer un plaisir.


Mais la lecture n’est-elle pas une activité qui respecte cette définition du jeu (la lecture nous détend et nous procure du plaisir) et qui pourtant n’est pas un jeu ? Le propre du jeu est aussi d’être en situation d’incertitude (vais-je le remporter ?) et de comporter des règles sans lesquelles le jeu n’aurait pas lieu. Les joueurs sont contraints de respecter les règles du jeu pour atteindre le but fixé.


Toutefois, pour Colas Duflo, « le jeu est l’intervention d’une liberté par et dans une légalité ». Les règles du jeu produisent paradoxalement une liberté ludique. Par exemple, la liberté du joueur d’échec (de roquer ou non, bouger le fou ou la reine) n’existe qu’une fois la règle prescrite. Les règles font donc émerger des libertés qui n’existaient pas avant en dehors du jeu.


Toute l’attraction du jeu paraît finalement résider dans la recherche de sa définition : cette dernière semble nous échapper sans cesse si bien que chercher à définir le jeu devient un jeu. Par conséquent, il nous est très difficile de définir avec précision le jeu, qui reste un objet très attrayant pour la philosophie. Mais philosopher n’est-il pas un jeu ?

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