Avons - nous une dette envers nos parents ?


« […] Ah ! mon ami, ne vous mariez pas, n'ayez pas d'enfants ! Vous leur donnez la vie, ils vous donnent la mort. Vous les faites entrer dans le monde, ils vous en chassent. » (Le Père Goriot, 1834, Balzac)


La parentalité suit des codes et des règles construites. L’éthique et le bon sens voudraient qu’il existe une relation de don de soi entre les parents et leurs enfants. En effet, les parents donnent la vie et l'accompagnent en sacrifiant la leur. Cette relation est-elle à sens unique ? Un amour inconditionnel des parents exclut-t-il un devoir des enfants à leur égard ? Les enfants peuvent-ils donc être endettés envers leurs parents?


Nous pouvons trouver une première réponse dans la religion. « Honore ton père et ta mère, comme [...] ton Dieu, te l'a ordonné, afin que tes jours se prolongent et que tu sois heureux dans le pays que l'Eternel te donne. » (Deutéronome 5 :16). Ainsi, dans le judéo-christianisme, l’enfant à devoir d’honneur et de respect aux parents. Locke y ajoutera que les enfants sont soumis aux parents jusqu’à ce qu’ils puissent disposer d’eux-mêmes, sachant que « [la liberté] ne libère pas de l’honneur que l’enfant doit à ses parents selon la loi de Dieu […]» (Traité sur le gouvernement civil, 1689).


Il existerait donc bien un devoir des enfants envers leurs parents. Cependant, ce devoir peut se voir aussi comme une dette. Dans Ethique À Nicomaque, Aristote affirmait que les descendants ne pouvaient rendre les bienfaits qu’ils ont reçus. Ils seront à jamais endettés envers leurs parents. Ainsi, les enfants doivent bien quelque chose à leurs parents.


Toutefois, la relation du père Goriot et ses filles remet en cause cela. Leur vouant un amour inconditionnel, il mourra finalement dans l’assentiment et la rancœur de ses filles. En cela, la dette des enfants ne relève-t-elle que du choix des enfants ?


Auteur: Joan R

Rédacteur en chef: Anouck L


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