Baudelaire, poète ou "poëte" ?


Charles Baudelaire, dans "Les Fleurs du mal", se disait "poëte", mais la dernière réédition en date des "Fleurs du mal" orthographie "poète". Une difficulté parmi d'autres, pour établir le texte définitif du célèbre recueil. Les éditions Calmann-Lévy publient mercredi 24 Mars 2021 la dernière version de cette oeuvre sulfureuse sur laquelle ait travaillé l'écrivain, né il y a 200 ans, le 9 avril 1821. Baudelaire lui-même n'en vit pas l'aboutissement: c'est plus d'un an après sa mort que cette troisième édition arrive en librairie, en décembre 1868. Baudelaire tenait beaucoup à ce "poëte". La première édition, en 1857, disait "poète". Elle est contredite par une dédicace à la main sur l'exemplaire offert au "maître et ami" Théophile Gautier: "ne crois pas que je sois assez perdu, assez indigne du nom de poëte". Baudelaire considérait cette édition comme très imparfaite. Dans la deuxième (1861), il corrigera: "poëte" partout. Ce tréma est chez lui presque une marque de fabrique, soutenue par l'idée que "poète" pouvait ne compter qu'une syllabe, disgracieuse à l'oreille, et "poëte" deux sans conteste possible.

D'après le dictionnaire de l'Académie française, cette graphie du XVIe siècle a été chassée au XIXe par la seule que nous utilisons aujourd'hui, avec l'accent grave. "C'était déjà archaïque en son temps. Mais les deux se pratiquaient. Ça pouvait être un choix d'éditeur, aussi", pour donner un aspect primitif et brut à cette poésie, suppose Pierre Brunel. La Bibliothèque de la Pléiade (Gallimard), qui ressortira en coffret le 8 avril les deux tomes des "oeuvres complètes" de Baudelaire, lui préfère celle de 1861, comme la quasi-totalité des éditeurs depuis un siècle.


Reuters/AFP


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