Brésil: le retour de Lula, défi à haut risque pour Bolsonaro


Luiz Inacio Lula da Silva n'a pas attendu longtemps pour partir à l'attaque: s'exprimant pour la première fois en public depuis qu'il a recouvré ses droits politiques, il a tiré à boulets rouges sur le président d'extrême droite. Et l'ancien syndicaliste a décidé d'appuyer sur un point sensible: la gestion calamiteuse de la pandémie de coronavirus -- qui a fait plus de 273.000 morts au Brésil -- fustigeant les "décisions imbéciles" du gouvernement Bolsonaro. Jair Bolsonaro, le président actuel, a de son côté vanté le "sérieux et la responsabilité" de son gouvernement face à la crise sanitaire, avant de promulguer une loi facilitant l'acquisition de vaccins. Un comble pour ce dirigeant qui assurait qu'il ne se ferait pas vacciner et ironisait sur de supposés effets secondaires susceptibles de "transformer les gens en crocodiles". Sauf nouveau coup de théâtre judiciaire, l'ex-président de gauche (2003-2010) est éligible pour briguer un troisième mandat, après l'annulation lundi par un juge de la Cour suprême de toutes ses condamnations pour corruption. Une vraie renaissance pour ce tribun charismatique de 75 ans, qui avait passé 18 mois en prison d'avril 2018 à novembre 2019 et avait assisté impuissant, depuis sa cellule, à l'élection de Jair Bolsonaro il y a deux ans et demi. Et même s'il n'a pas encore annoncé officiellement sa candidature, l'ancien tourneur-fraiseur s'est clairement affiché comme le leader de l'opposition. De quoi raviver encore les profondes divisions d'une société brésilienne déjà ultra-polarisée, un terreau propice pour le discours d'extrême droite de Jair Bolsonaro.Loin des cérémonies officielles, dans son direct hebdomadaire sur Facebook, il n'a pas hésité à traiter jeudi Lula de "taulard" ou de "charogne". Mais son changement de discours sur l'importance des vaccins montre qu'il semble disposé à mettre de l'eau dans son vin, pour tenter de ramener vers lui l'électorat centriste.


Reuters/AFP