Ces 100 jours où la Birmanie a plongé dans le chaos


Un soulèvement populaire réprimé dans le sang, une économie paralysée par une grève générale sans précédent, des combats intenses entre l'armée et des factions rebelles : en 100 jours, la Birmanie a plongé dans le chaos. Au matin du 1er février 2021, les généraux birmans renversent le gouvernement élu d'Aung San Suu Kyi, assignent l’ex-dirigeante à résidence et proclament l'état d'urgence, mettant brutalement fin à une parenthèse démocratique de 10 ans. Le mardi 11 mai marque les 100 jours de leur putsch.


Des villes aux villages les plus reculés, les manifestations restent quasi-quotidiennes, menées par une jeunesse avide de liberté, grande consommatrice de réseaux sociaux et de nouvelles technologies. Et des milliers de grévistes bloquent encore une grande partie du pays, des banques, hôpitaux, ports et administrations. Pour maintenir la pression sur la junte tout en évitant au maximum les représailles, des manifestations éclairs, avec des foules moins nombreuses, sont privilégiées, une tactique payante puisque la répression s'est atténuée ces derniers jours.


Face à ce vent de fronde, la junte riposte par les armes. Au moins 780 civils ont été tués ces trois derniers mois, d'après l'Association d'assistance aux prisonniers politiques (AAPP). Plus de 3 800 personnes sont détenues dans des lieux souvent tenus secret, d'après l'AAPP, qui déplore des violences envers les femmes, des exécutions extra-judiciaires et des tortures. Malgré les violences, la mobilisation se poursuit.


Combien de temps le pays, l'un des plus pauvres d'Asie, va-t-il tenir ? Sous l'effet conjugué de la pandémie et de la crise politique, la moitié de la population pourrait se trouver sous le seuil de pauvreté dès 2022, un retour en arrière de seize ans, a averti le Programme des Nations unies pour le développement.


Reuters/AFP