Comment agir en se retirant du monde ?


« Voici […] l'unique devoir de l'homme : être utile aux hommes. A beaucoup s'il le peut ; sinon, à quelques-uns ; sinon, à ses proches ; sinon, à soi-même. Car lorsqu'il se met en mesure d'être utile aux autres, il accomplit une activité utile à la communauté. » Sénèque, La retraite III, 4. Sénèque (m. 65), a proposé dans ses œuvres des règles qui permettent d’atteindre la sagesse : c’est attitude visant à atteindre la liberté et la paix de l’âme par l’assentiment au destin. Pour le philosophe stoïcien, bien que l’action individuelle ne puisse changer le cours du destin, le sage ne doit jamais renoncer à une action tournée vers le bien commun, et ce, quelle que soit sa place dans la société, maître ou esclave, pauvre ou riche. Comment faire cependant si l’action publique est interdite ? Pour Sénèque, il est possible d’agir en étant en retraite. Ce temps particulier, hors du monde, occupe une place centrale dans le traité « La retraite » : imposé ou choisi, le temps d’otium doit être mis à profit pour comprendre la composition du monde, étudier, enseigner auprès de ses proches. Bien que l’exercice de la vie publique soit préférable pour le philosophe, il est parfois nécessaire de choisir la retraite afin de ne plus dépenser vainement notre énergie dans le but de transformer une « petite république » dont le fonctionnement entrave l’action du sage - Sénèque prend l’exemple de Carthage ou Athènes en période de tyrannie. Il est alors plus avantageux de mettre à profit son temps pour s’investir dans la compréhension et l’enseignement de lois universelles qui concernent la « grande république », c'est-à-dire l’humanité entière. Se mettre dans une disposition d’âme qui permet, quelles que soient les conditions que le destin nous impose, d’agir pour soi et les autres, peut donc être facilité par la retraite.


Rédacteur : M. Jourdan Rédactrice en chef : Gwladys N.