Comment Erdoğan cherche-t-il à s’imposer en leader du monde musulman ?


Élu président de la Turquie en 2014, Recep Tayyip Erdoğan mène, depuis ce jour-là, une politique en adéquation avec la ligne du parti qu’il a créé, l’AKP. Ainsi, bien que le pays soit laïc, il promeut un retour de la religion majoritaire, l’Islam, au coeur de la société tout comme une idéologie conservatrice. Si Erdoğan met en œuvre ses idéaux dans son pays en le tenant d’une main de fer, il cherche également à retrouver l’influence passée de l’Empire Ottoman, qui dominait autrefois le monde musulman. Cette ligne politique se traduit par le développement du hard power, coupant ainsi avec la ligne kémaliste. Deuxième armée de l’OTAN et 6ème réseau diplomatique au monde avec l’ouverture de près de 80 missions diplomatiques depuis 2000, la Turquie étend son influence, et ce, particulièrement dans le monde musulman. Elle a par ailleurs renoué avec une attitude interventionniste dans ce qu’elle considère être sa zone d’influence, comme en Libye ou en Syrie, théâtres où elle est en concurrence directe avec les autres grands de la région, comme l’Arabie Saoudite ou l’Iran. Erdoğan cherche également à développer un soft power. Il le fait à travers le cinéma, son agence de développement TIKA, la formation des imams et le soutien aux causes chères aux populations du Moyen Orient souvent délaissées par leurs gouvernements, comme la question palestinienne. Erdoğan se voit en bienfaiteur et homme providentiel dans la région, comportement qui semble lui profiter vu la popularité qu’il y a acquise. Pourtant, la politique d’Erdoğan a ses limites. Critiqué en Occident pour son attitude peu respectueuse du droit international, il doit également faire face à des crises politiques et économiques intérieures. S’il se voit en leader du monde musulman, son attitude belliqueuse et la multiplication des théâtres d’opération où il s’engage, risqueraient de mettre un terme à ses visées.


Auteur: Hugo L

Rédacteur en chef: Guillaume M.