Comment l’affaire Pegasus questionne-t-elle l’activité du renseignement privé?


Le 18 juillet 2021, 17 rédactions, appuyées Amnesty international et Forbidden Stories lancent l’affaire Pégasus. Se basant sur 50 000 numéros de pré-ciblage ayant fuités, elles ouvrent une nouvelle page dans l’actualité de l’espionnage. Des milliers de téléphones auraient été infectés et 55 pays seraient concernés. Le groupe NSO, entreprise Israélienne créée en 2011, est spécialisé dans le renseignement offensif. Il propose le logiciel Pégasus qui permet d’avoir, à distance, un accès total à un smartphone en employant une méthode “Zero-Click’ Exploit". C’est-à-dire qu’aucune action du propriétaire n’est nécessaire afin que son dispositif ne soit infecté. Cette manœuvre est quasiment indétectable. L’entreprise commerce uniquement avec des entités étatiques et déclare l’usage de sa technologie réservé à “ la lutte contre le terrorisme et le crime organisé”. Or, le collectif d’investigation l’accuse de s’en être éloigné, l’utilisant à des fins de répression de la liberté d’expression et de violation des droits de l’Homme. L’entreprise nie fermement ces accusations. Pour autant, elle déclare ne pas avoir accès à l’usage fait par ses clients de son logiciel. De plus, dans le cadre de sa démarche de transparence, elle indique que dans le cas d’un mésusage de son produit, la nature de son secteur d’activité la conduirait à ne dévoiler aucune information sur ses clients, invoquant des considérations légales, contractuelles et sécuritaires. Cette affaire est illustrative d’une tendance de fond. La part des activités de renseignements privés est en pleine expansion. Pour autant, il n’existe pas de cadre légal de référence permettant de limiter leurs activités. La nature internationale de leurs exercices les amène à composer entre différents systèmes juridiques et intérêts politiques. Combien de scandales faudra-t-il pour réguler ces activités de renseignement privé ?


Auteur: Ben J

Rédacteur en chef: Joseph D.