Comment l’arrestation du journaliste Roman Protassevitch témoigne-t-elle d’un manque de démocratie ?


Le 23 mai 2021, un avion transportant Roman Protassevitch, l’opposant au régime biélorusse, a été détourné par un avion de chasse envoyé par l’armée. Le jeune opposant et journaliste de 26 ans se rendait en Lituanie où il est exilé. Le gouvernement de Loukachenko affirme avoir intercepté l’appareil au motif d’une « alerte à la bombe » et avoir agi dans la légalité.


Roman Protassevitch - ancien rédacteur en chef du média d’opposition Nexta - se trouvait depuis novembre 2020 sur la liste des « individus impliqués dans des activités terroristes ». Tout comme lui, trois opposants au régime, Maria Kolesnikova, Anton Rodnenkov et Ivan Kravtsov, ont été arrêtés, ce qui souligne le durcissement de la répression par les autorités biélorusses. En outre, l'escalade des violences contre la contestation du pouvoir en place s’inscrit dans le prolongement du contrôle des réseaux sociaux, outil majeur de la contestation, ainsi que celui des journaux indépendants.


Cette régression démocratique est visible jusque dans la sphère électorale où Alexandre Loukachenko assoit son pouvoir depuis 26 ans et règne sans partage sur la Biélorussie. Sa réélection du 9 août 2020 est par ailleurs contestée, qualifiée de « réélection truquée » et de « simulacre électoral » pour plusieurs raisons : candidats d’opposition emprisonnés, urnes opaques, isoloirs sans rideaux, scrutateurs locaux frappés et arrêtés, journalistes étrangers interdits,...


Depuis cette réélection, le pays est donc sous le feu de la répression policière et les manifestations populaires s’intensifient en lien avec la signature d’un texte de loi par Alexandre Loukachenko, qui vient, une nouvelle fois, limiter la liberté de la presse dans le pays. Josep Borrell (Haut représentant de l'Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité) s’est indigné à ce propos en affirmant qu’il « s'agit là d'une autre tentative flagrante des autorités biélorusses de faire taire toutes les voix de l’opposition ».


Les réactions de l’Union européenne furent immédiates et unanimes avec une libération immédiate exigée et un espace aérien désormais fermé aux appareils biélorusses. En revanche, la Russie a décidé de « couvrir » l’acte de Loukachenko, et de blâmer les Occidentaux. Ainsi, les relations entre l'Europe et Moscou, déjà très fragiles, pourraient encore se détériorer.


Auteur: Camille S.

Rédacteur en chef: François L.