Comment l'arrivée de Joe Biden au pouvoir pourrait bousculer les relations avec l'Arabie saoudite ?


L’administration du 46ème président des Etats-Unis a été très claire; Jen Psaki, la porte parole de la Maison Blanche l’a affirmé: « Nous avons clairement dit depuis le début que nous allions recalibrer notre relation avec l’Arabie saoudite », lors de son point de presse mi-février. Dès lors, l’arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche marque une évolution et un rééquilibrage dans les relations qu'entretient la première puissance mondiale avec son allié du Golfe Persique. Alors que l’Arabie Saoudite était avec Israël au cœur de la politique diplomatique de Donald Trump, l’administration Biden a pris plusieurs mesures contre cette pétro-monarchie depuis son arrivée au pouvoir : les Etats-Unis ont tout d’abord décidé de geler les ventes d’armes à destination de l’Arabie Saoudite afin d’évaluer son adéquation avec ses « objectifs stratégiques ». Sont concernés pour l’instant la vente de munitions de précision. Ces restrictions s'inscrivent dans un contexte régional troublé et conflictuel. L'Arabie saoudite est notamment impliquée au Yémen, dans la lutte contre les rebelles Houthis. La guerre civile qui y sévit depuis 2014 a provoqué une grave crise humanitaire que le secrétaire d'Etat aux affaires étrangères, Anthony Blinken, n'a pas manqué de dénoncer. De plus, l’administration américaine a décidé d’attaquer personellement le pouvoir Saoudien: elle a publié ce 11 février 2021, un rapport de la CIA sur l’assassinat de Jamal Khashoggi. En effet, en octobre 2018, ce journaliste saoudien progressiste avait été retrouvé assassiné dans le consulat d’Arabie Saoudite à Istanbul. Selon ce court rapport déclassifié, rédigé 6 semaines après les faits, le prince héritier d’Arabie Saoudite, Mohamed Ben Salmane, dit MBS, serait directement impliqué dans l’assasinat du journaliste saoudien. Le président Biden a d’ailleurs préféré s’entretenir avec son père, le roi Salmane, le 25 février dernier, pour son premier entretien diplomatique avec l’Arabie Saoudite depuis son arrivée au pouvoir . Malgré tout, une rupture diplomatique entre les deux puissances est peu probable. En effet, ces dernières partagent un nombre d’intérêts communs qu’elles ne sont pas prêtes à renier comme la question iranienne ou les nombreux partenariats économiques qui les lient. C’est ce que défend Karim Sader, politologue spécialiste du Golfe : « L’Arabie saoudite demeure un allié de premier plan des Américains, et aucun des deux pays n’a intérêt à mettre un terme à cette alliance. »


Auteur: Jules PERBET