Comment l’Etat Islamique et Al Qaïda utilisent-t-ils les révoltes locales pour s’implanter ?


C’est en 2006 que la branche Al Qaïda en Mésopotamie se proclame État Islamique (Daesh) depuis l’Irak. Depuis, les deux organisations sont rivales, en Irak et en Syrie mais de plus en plus en Afrique, où Al Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) et l'État Islamique dans le Grand Sahara (EIGS) s'affrontent directement dans la région du Sahel.


D’autres mouvements djihadistes africains comme Boko Haram au Nigéria, Al-Chebab en Somalie et Ansar al-Sunna en Mozambique, prospèrent dans des zones rurales et délaissées par les Etats, où le sentiment d’injustice sociale pousse à la radicalisation. Prêter allégeance à Daesh ou à Al Qaïda donne l’accès à un apport immatériel dans la gestion des finances et les modes opératoires notamment sur l’utilisation de drones et d’explosifs, et synchronise la communication des groupes.


Al-Chebab et le Groupe de Soutien à l'Islam et aux Musulmans (GSIM) au Mali se présentent à travers l’Islam comme une force de résistance nationale, avec des revendications d’accès à la gouvernance et un projet politique articulé, sur le modèle des Talibans ou du Hamas. Cette logique d’imbrication au sein des population relève de la stratégie d'Al-Qaïda, qui a renié le djihad global au profit de projets politiques locaux, ce qui n’est pas visible chez Boko Haram, Ansar al-Sunna et plus généralement des groupes prêtant allégeance à Daesh, qui visent une expansion territoriale sans fin.


La présence occidentale sur le sol africain sous la forme militaire et économique, fait également le jeu des djihadistes. Les militaires déployés sont perçus comme soutien à la stabilité des gouvernements parfois très contestés, comme c’est le cas au Mali où des manifestations contre la force anti djihadiste française sont fréquente. Les médias occidentaux ont tendance à couvrir les attaques djihadistes qui menacent les intérêts économiques, comme ceux de Total au Sahel et au Mozambique, alors que la prise de la ville de Mocimboa responsable d’un exode de 210 000 personnes est passée presque inaperçue.

Auteur: Camiponnthis Rédacteur en chef: Benjamin J