Comment la Convention d’Istanbul est mise à mal par les politiques conservatrices d’Europe ?


La Convention d’Istanbul sur la Prévention et la Lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, ouverte aux signatures le 11 mai 2011, promettait d’être une avancée majeure dans la lutte pour les droits des femmes. Sur les 47 membres du Conseil de l’Europe, 45 l’ont déjà signé, et 33 l’ont ratifié. Des arguments d’atteinte à des principes conservateurs sur les valeurs familiales sont invoqués pour en contester la légalité en Pologne ou en empêcher la ratification en Slovaquie ou en Hongrie, parmi d’autres. L’annonce de retrait pur et simple de la Turquie le 20 mars 2021, elle-même hôte de la conférence qui a donné naissance à cette Convention, a créé l’émoi. Officiellement, aucune raison n’a été invoquée par le gouvernement turque mais le retrait a fait réagir les Nations Unies qui s'inquiètent d’un retour en arrière. De plus, selon une analyse constitutionnaliste, le Président se serait ici arrogé le droit de sortie incombant en principe au Parlement, mettant à mal la légitimité démocratique de la décision. Ce retrait marque une nouvelle étape dans la politique conservatrice du gouvernement du président Recep Tayyip Erdogan, initiée en 2013. Selon Ahval, média émirati d’analyse sur la Turquie, au cours de l’année 2020 la popularité du président était en baisse dans les sondages. Pour remonter sa côte de popularité, le président Erdogan a donc choisi de quitter la Convention d'Istanbul, malgré les réactions de protestation de la communauté internationale. Il est difficile de penser que l’action du Président Recep Tayyip Erdogan ne mettra pas en péril les droits des femmes en Turquie. Tandis que certains pays rechignent à ratifier le traité, d’autres comme l'Azerbaïdjan et la Russie ne prévoient pas d’adhérer à cette convention. Cette réticence à signer la Convention d’Istanbul risque de limiter son impact positif sur la protection des droits des femmes.

Auteur: Maxime Sierro Rédacteur en chef: Louise Chappe