Comment la menace djihadiste évolue-t-elle en Afrique de l’Ouest à l’heure du réajustement ?


Le ministre des Affaires étrangères, Monsieur Jean-Yves Le Drian, a exprimé vendredi 18 juin 2021 son inquiétude au sujet de l’extension de la menace djihadiste du Sahel vers le golfe de Guinée. Le djihadisme, qui correspond à une doctrine politique et religieuse qui prône la lutte armée au nom d’une conception fondamentaliste de l’islam, se développe dans un contexte sahélien marqué par des tensions ethniques et une capacité limitée des États à gouverner leurs territoires.


Les groupes djihadistes, comme le Groupe de soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM) affilié à Al Qaïda ou l’État islamique au Grand Sahara (EIGS), financent leurs actions par les trafics et les taxations sur la population dans la zone des trois frontières (Mali, Burkina Faso, Niger). Depuis 2017, une fragmentation des groupes armés terroristes (GAT) s’opère vers le sud (Côte d’Ivoire, Ghana, Togo, Bénin).


À la suite de l’opération Serval de janvier 2013, la menace djihadiste, qui s’était implantée sous l’impulsion d’AQMI au Nord du Mali, se diffuse dans l’ensemble des pays du G5 Sahel. Cette régionalisation entraîne la mutation de l’opération Serval en Barkhane en août 2014, pour mieux combattre les djihadistes misant désormais sur leur dispersion pour reconstituer leurs forces.


Le redéploiement des djihadistes, avec l’apparition de l’EIGS en 2015 et la coalition du GSIM en 2017, s’est effectué vers le sud côtier. Via la déstabilisation du Burkina, leur ancrage dans le Nord des pays côtiers permettrait d’établir des bases arrières dans le prolongement de leur stratégie de dispersion amorcé après Serval.


L’annonce de la fin de Barkhane en tant qu’opération extérieure répond, comme en 2014, à un besoin d’adaptation stratégique. Mais l’ombre djihadiste planera aussi longtemps qu’existeront des contestations locales dirigées contre des États africains jugés corrompus et illégitimes.


Auteur: Martin Hébert