Comment la république populaire de Chine arrive-t-elle à agrandir son territoire?


En 2015, le gouvernement chinois a annoncé la création d’un nouveau village dans la région autonome du Tibet. En réalité, ce village a été implanté de manière illégale sur le territoire du Bhoutan, un royaume exigu, enclavé entre la Chine et l’Inde. Cet événement introduit l’enquête publiée le 7 mai 2017 par le chercheur Robert Barnett dans le magazine Foreign Policy.


À l’aide d’images satellites, l’auteur montre que la Chine a construit depuis 2015 plusieurs villages sur le territoire bhoutanais, sans autorisation. Un agissement contraire aux accords frontaliers passés entre les deux pays en 1998. Sur ces territoires sont installées illégalement des infrastructures stratégiques : avant-postes et bases militaires, centres du parti communiste, une centaine de kilomètres de routes…


Les territoires bhoutanais sous contrôle chinois illégitime sont ceux du Beyul et de la vallée de Menchuma, soit 1 % de la surface du Bhoutan. En plus d’un aspect territorial s’ajoute une problématique religieuse : ces deux espaces revêtent une importance sacrée pour les bouddhistes tibétains, que la Chine s’accapare.


La Chine souhaite à travers ces occupations renforcer ses frontières tibétaines pour concurrencer stratégiquement l’Inde. Les médias chinois ont longtemps (jusqu’en 2020) contrôlé l’opinion en avançant que les villages étaient installés en territoire tibétain. Face à l’intrusion, le Bhoutan fait preuve d’un « silence discipliné », ne voulant pas se mettre à dos la puissance chinoise avec qui il entretient des relations amicales depuis les années 70.


La Chine ne s’arrête pas aux frontières bhoutanaises : l’Himalaya et la mer méridionale sont aussi des terrains d’expansion privilégiés. Cette subtile volonté de conquête de territoire ne reste pas toujours pacifique et en 2020, un conflit éclate à la frontière sino-indienne qui causera une vingtaine de morts.


Auteur: Quentin dos Santos

Rédacteur en chef: Baptiste Thomas