Comment la Russie utilise-t-elle l'Eglise orthodoxe afin d’étendre son influence à l'extérieur ?


Interdite sous l’URSS, l’Eglise orthodoxe retrouve rapidement sa place après 1991. Vladimir Poutine l’a bien compris : mettre la religion de son côté, c’est s’assurer le soutien de la population. Comptant environ 260 millions d’adeptes, dont 100 millions en Russie, elle lui permet aussi de contrer l'influence de l'Occident dans les anciennes républiques de l’URSS.

En 2016, la société d'État russe Gazprom annonce qu’elle financera la rénovation de la coupole de l'église Saint-Sava de Belgrade (Serbie), deuxième église orthodoxe la plus grande du monde. La Russie s’attire les bonnes grâces des serbes, à 90% orthodoxes, et dont l’entrée dans l’Union Européenne tarde depuis 2009.

À l'ouest, l'Église orthodoxe est un cheval de Troie. En France, l’ouverture en 2017 d’un centre culturel et religieux russe en plein cœur de Paris a soulevé de nombreux soupçons. Rattaché à l'ambassade de Russie, il dispose d’une immunité diplomatique, un fait rare pour un centre culturel. Les services secrets français craignent que des systèmes d'écoute n’y soient installés, l'édifice se trouvant près de nombreuses ambassades et du Quai d’Orsay. Enfin, le modèle othodoxe russe, fondé sur la famille et le patriarcat et son attachement à la patrie, séduit les conservateurs occidentaux. Moscou tire profit de cette sympathie à des fins d’espionnage. En août 2020, la médiatisation de la mise en examen d’un officier qui aurait fourni des informations aux services de renseignement russes révèle un problème russophile au sein de l’armée française. L’Eglise orthodoxe est maniée avec subtilité par le président V.Poutine dans sa stratégie d’influence à l'étranger. Au vu des récentes critiques à son égard suite à l'arrestation d’Alexei Navalny, il peut s’appuyer sur la religion pour conserver sa légitimité à l'intérieur comme à l’extérieur des frontières russes. Auteur: Aurélie Plumeleur Rédacteur en chef: Cyriaque GABORIEAU